
Le retour d'El Niño : un test de résistance pour les marchés alimentaires mondiaux, mettant en jeu 50 millions de personnes
L'ONU alerte sur une forte hausse de la faim aiguë, mais le véritable danger réside dans la réaction des marchés agricoles et des gouvernements protectionnistes face aux conditions météorologiques.

Le marché agricole mondial approche d'un test de résistance sévère, entraîné par une anomalie météorologique qui menace de déstabiliser des chaînes d'approvisionnement déjà fragiles. Selon le Programme alimentaire mondial des Nations Unies, un système El Niño se développant rapidement et historiquement puissant pourrait forcer 50 millions de personnes supplémentaires à souffrir de faim aiguë avant la fin de l'année prochaine. Cette augmentation porterait la population gravement en insécurité alimentaire à 275 millions dans les 45 nations actuellement surveillées par l'agence.
Alors que le temps fournit le catalyseur, la véritable gravité de la crise imminente sera dictée par la géopolitique et la politique commerciale. Le marché alimentaire mondial absorbe actuellement les chocs inflationnistes des conflits régionaux, notamment la guerre en Iran, qui a constamment fait grimper les prix des matières premières malgré une récolte remarquablement forte fin 2025. Jean-Martin Bauer, directeur de la sécurité alimentaire du PAM, a explicitement mis en garde contre la tentation des grandes nations agricoles de suspendre les exportations de denrées alimentaires. L'histoire montre que lorsque des gouvernements nerveux ont recours à des interdictions d'exportation protectionnistes pour sécuriser l'approvisionnement intérieur, ils ne font qu'exporter l'inflation et garantissent la famine ailleurs.
Les perturbations physiques devraient être vastes. Cette itération d'El Niño s'annonce comme la plus forte en sept décennies, encore amplifiée par les tendances plus larges de réchauffement climatique. L'Amérique centrale et du Sud, les Caraïbes et l'Afrique australe sont les plus exposées aux risques de récoltes catastrophiques, tandis que l'Asie du Sud et du Sud-Est se préparent à des pluies réduites. Même les agriculteurs européens et britanniques prévoient des rendements réduits et des prix de détail plus élevés en raison d'une chaleur extrême soutenue.
À son crédit, le PAM tente de prévenir les retombées avec un budget de 80 millions de dollars dédié à l'aide anticipée et aux systèmes d'alerte précoce. L'agence espère que cette approche proactive évitera une répétition de l'El Niño de 2015-2016, qui avait laissé jusqu'à 100 millions de personnes confrontées à de graves pénuries alimentaires. Pourtant, l'emprise institutionnelle sur la crise semble moins que ferme. Richard Choularton, directeur du climat et de la résilience au PAM, a concédé que des efforts cruciaux de collecte de données ont été abandonnés en raison de coupes budgétaires. Tenter de gérer une urgence logistique mondiale avec des données compromises est au mieux une stratégie douteuse.
La crise ne se matérialisera pas du jour au lendemain. Les marchés agricoles fonctionnent avec un décalage, ce qui signifie que le manque immédiat de pluie ne déclenchera pas une famine instantanée. En Afrique australe, la saison de croissance cruciale s'étend d'octobre à mars 2027. Les impacts économiques et humains les plus graves ne se feront sentir qu'au cours de la saison de soudure suivante, s'étendant jusqu'en 2028, lorsque les agriculteurs épuiseront enfin leurs réserves. L'ONU peut lancer tous les avertissements précoces qu'elle souhaite, mais si le commerce mondial est artificiellement contraint par des gouvernements paniqués, des millions de personnes souffriront inutilement de la faim.
Écrit par Freya Stensrud freya.stensrud@alpineweekly.com
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