
Bruxelles se prépare à échanger le dialogue contre des tarifs douaniers
Avec un déficit commercial record et les menaces de Pékin en suspens, la Commission européenne se tourne vers des mesures de défense unilatérales.

Bruxelles est parvenue à une conclusion familière et plutôt incommode : les conversations polies n'arrêtent pas un flot de marchandises bon marché. Denis Redonnet, directeur général adjoint au commerce de la Commission européenne, a déclaré aux eurodéputés que l'UE intensifierait les mesures contre les importations chinoises avant la date limite d'octobre qu'elle a fixée pour des progrès avec Pékin. Le message était assez clair. La base industrielle, une fois évidée, n'est pas quelque chose que la Commission peut préserver avec de bonnes intentions et quelques tables rondes.
Le calendrier est délicat, ce qui à Bruxelles signifie généralement que c'est parfaitement normal. Les négociations avec la Chine n'ont commencé que le mois dernier, avec l'objectif déclaré de réduire le déficit commercial record de l'UE, qui s'élève actuellement à environ 1 milliard d'euros par jour. Pourtant, les tensions n'ont guère diminué. Pékin a menacé à plusieurs reprises de représailles si l'UE fermait davantage son marché aux exportations chinoises, et la Commission se prépare maintenant précisément à cette éventualité. Redonnet a déclaré aux législateurs que le dialogue seul ne suffirait pas et que l'Union devait décider comment protéger et préserver l'industrie européenne.
Les secteurs sous pression ne sont pas obscurs. L'acier, les produits chimiques, les machines-outils et l'électronique sont tous en première ligne alors que les importations chinoises à bas coût continuent d'affluer sur le marché européen. La Commission affirme vouloir rééquilibrer les échanges et maîtriser les niveaux d'exportation, ce qui est un langage bureaucratique pour dire que l'arrangement actuel ne fonctionne pas pour les producteurs européens. Le 1er juillet, l'UE a déjà doublé les tarifs sur certaines importations d'acier et réduit les quotas. Des mesures de sauvegarde similaires pourraient suivre dans d'autres industries dans les semaines à venir.
Il y a, cependant, un piège que Bruxelles connaît trop bien. Les mesures de défense commerciale ont besoin du soutien d'une majorité d'États membres, et toutes les capitales ne voient pas le monde sous le même angle. Certains pays ont des usines directement exposées à la concurrence chinoise ; d'autres dépendent de produits chinois bon marché pour maintenir la compétitivité de leurs propres industries. Si la Commission veut défendre la fabrication dans seulement une poignée d'États membres, elle a toujours besoin d'une majorité de tous les États membres derrière elle. C'est le genre de logique collective que l'UE aime présenter comme de la solidarité, même si elle ressemble surtout à un désaccord géré.
Pour atténuer le coup, la Commission travaille également sur un mécanisme de solidarité pour compenser les pays les plus durement touchés par une augmentation des importations chinoises. En même temps, elle prévoit de continuer à défendre le marché produit par produit, en utilisant des droits antidumping et antisubventions là où le soutien de l'État chinois fausse la concurrence. Jeudi dernier, elle a même ouvert une enquête antidumping sur les producteurs chinois de canard laqué de Pékin, un rappel qu'aucun article n'est trop de niche une fois que Bruxelles a décidé de se tirer d'un problème commercial par la réglementation.
Le mandat plus large est venu des dirigeants de l'UE à la mi-juin, qui ont demandé à la Commission de s'engager avec la Chine tout en gardant toutes les options ouvertes. Cela semble équilibré, si l'on ignore l'habitude habituelle de Bruxelles de qualifier la centralisation de prudence. En pratique, la Commission s'oriente vers une position plus ouvertement protectionniste, car l'alternative serait d'admettre que la politique commerciale de l'Union l'a laissée exposée, divisée et en retard face à sa propre crise.
Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com
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