
Berne découvre la discipline financière
Le Conseil des États suisse contraint l'UBS à couvrir ses filiales étrangères avec des capitaux propres durs, plaçant la protection des contribuables au-dessus des intérêts bancaires.

Lorsqu'un État se retrouve l'otage d'un unique titan bancaire, la rhétorique politique a tendance à passer abruptement de l'enthousiasme pour le marché libre à l'angoisse existentielle. Le Conseil des États suisse a offert une démonstration classique de ce pivot en approuvant des règles de fonds propres plus strictes pour l'UBS. Selon la proposition adoptée, le géant financier doit couvrir ses filiales étrangères avec 90 % de capitaux propres durs.
Cette décision contraint l'UBS à lever environ cinq milliards de francs suisses de capital supplémentaire – une concession modeste par rapport à un objectif initial de neuf milliards de francs, mais suffisamment sévère pour provoquer l'indignation immédiate des directions et des fédérations d'entreprises. Les lobbies corporatifs ont mis en garde contre des hypothèques coûteuses et un ralentissement des prêts nationaux, tandis que l'association des employés de commerce a brandi le spectre de jusqu'à 10 000 emplois perdus. Pourtant, les législateurs sont restés remarquablement insensibles aux alarmes des entreprises. L'économie est-elle réellement menacée par les exigences de capital, ou les associations d'entreprises exécutent-elles simplement leur chorégraphie défensive habituelle ?
La force motrice derrière ce durcissement était le vice-président du PLR Andrea Caroni, qui a fait passer la mesure malgré les figures éminentes de son propre parti, traditionnellement favorable aux entreprises. L'ancien président du PLR Thierry Burkart avait défendu une approche beaucoup plus douce et accommodante en commission. Mais l'ombre de l'histoire récente s'est avérée plus longue que la solidarité partisane. Avec le souvenir du sauvetage d'UBS en 2008 et la garantie stupéfiante de 109 milliards de francs pour Credit Suisse en 2023 encore frais dans les esprits à Berne, la protection du trésor public a primé sur le confort des entreprises. Caroni a insisté sur le fait que le risque ultime pour les employés ne réside pas dans la réglementation, mais dans la tourmente d'une défaillance bancaire non atténuée.
Les craintes que l'UBS puisse répercuter ces coûts réglementaires sur les emprunteurs nationaux sont exagérées, selon le parlementaire appenzellois. Étant donné que les exigences strictes ciblent les opérations étrangères plutôt que les prêts nationaux, les forces concurrentielles sur la scène bancaire suisse devraient freiner les augmentations de prix arbitraires. Caroni ne prend pas non plus au sérieux les menaces de délocalisation. Même avec ces nouveaux amortisseurs de capital, l'UBS sera loin d'être la banque la plus capitalisée internationalement, et son identité institutionnelle reste ancrée à Zurich plutôt qu'à Wall Street. Les politiciens suisses ont signalé que la souveraineté des entreprises prend fin là où commence la responsabilité publique.
Écrit par Christiane Hofreiter christiane.hofreiter@alpineweekly.com



