Une leçon de vertu d'entreprise à peu de frais

Capgemini se sépare d'une unité américaine controversée qui représentait moins d'un pour cent de ses revenus.

A Very Cheap Lesson in Corporate Virtue

Lorsque les politiciens français découvrent un risque moral outre-Atlantique, la stratégie d'entreprise répond généralement avec une rapidité remarquable. Capgemini a finalisé un accord pour vendre sa filiale américaine, Capgemini Government Solutions, à ITC Federal, un fournisseur américain de services numériques pour les agences de sécurité intérieure et de défense. Ce désinvestissement, qui devrait être finalisé dans les prochaines semaines sous réserve des conditions habituelles, clôture proprement un chapitre d'examen inconfortable pour le géant informatique coté à Paris.

Le catalyseur de cette retraite fut un contrat avec l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) américaine. La mission consistait à fournir des logiciels conçus pour identifier les ressortissants étrangers aux États-Unis et surveiller leurs mouvements. À la suite de l'intensification des mesures d'application sous l'administration de Donald Trump — et de l'indignation publique après les fusillades mortelles de deux citoyens américains par des agents armés de l'ICE à Minneapolis — le contrat a transformé un accord gouvernemental de routine en un passif de réputation.

À Paris, les législateurs et le ministre de l'Économie, Roland Lescure, ont rapidement pris le pas, exigeant que l'entreprise explique ses activités sur le sol américain. La direction de Capgemini a soutenu que les réglementations légales américaines concernant les contrats fédéraux classifiés empêchaient le groupe parent d'exercer une supervision appropriée sur les opérations de la filiale. Que cette barrière structurelle ait été un obstacle opérationnel ou une explication commode, le calcul stratégique était simple.

Pour une entreprise mondiale opérant dans une cinquantaine de pays avec un chiffre d'affaires prévisionnel de 22,5 milliards d'euros en 2025, Capgemini Government Solutions était loin d'être un joyau. L'unité représentait à peine 0,4 % des revenus mondiaux et moins de deux pour cent de ses ventes totales aux États-Unis. Le transfert de cette activité à un entrepreneur américain spécialisé permet à Capgemini de sortir d'un champ de mines politique sans entamer son bilan. Lorsque la pression politique rencontre un sacrifice financier minimal, les principes d'entreprise deviennent remarquablement simples à s'offrir.

Écrit par Christiane Hofreiter christiane.hofreiter@alpineweekly.com