
Une ordonnance d'un demi-million de francs : La corruption polie dans un hôpital cantonal suisse
La Solothurner Spitäler AG, propriété de l'État, a illégalement enrichi son directeur général pendant une décennie, exposant la naïveté de la gouvernance publique.

Dans un pays qui se targue d'une administration méticuleuse et d'un système étatique robuste, le canton de Soleure a donné une leçon magistrale sur la façon de détourner le regard. Le secteur suisse de la santé est notoirement cher, financé par des citoyens qui gémissent sous des primes d'assurance en constante augmentation. Pourtant, au sommet de la Solothurner Spitäler AG, propriété de l'État, la discipline financière semble avoir été traitée comme une simple suggestion.
Deux audits indépendants ont confirmé ce qui avait commencé comme une rumeur médiatique : la direction du groupe hospitalier a mis en place un régime de rémunération plutôt généreux, et entièrement illégal. Au centre de l'affaire se trouve l'ancien directeur général Martin Häusermann, qui a dirigé l'organisation de 2014 jusqu'à sa retraite début 2024. Au cours de ses dix années de mandat, il a été trop payé d'un demi-million de francs suisses. Le mécanisme de cet enrichissement discret était une série d'indemnités de fonction et de valeur marchande qui violaient flagremment la loi cantonale sur le personnel. Le gouvernement cantonal, habituellement connu pour sa retenue diplomatique, a qualifié les paiements aux dirigeants de violations flagrantes.
La Solothurner Spitäler AG n'est pas une clinique mineure. En tant que plus grand fournisseur de soins de santé du canton, comprenant des installations à Soleure, Olten et Dornach, elle emploie plus de 4 600 personnes. Elle est entièrement détenue par le canton, reflétant une hypothèse typiquement suisse selon laquelle l'État peut gérer des entreprises complexes sans succomber à la cupidité des entreprises. La réalité financière est moins inspirante. Le groupe hospitalier a enregistré une perte de près de 30 millions de francs en 2024, avant de dégager un excédent de 7 millions de francs en 2025. Au milieu de cette turbulence financière, l'ancien dirigeant a non seulement perçu son salaire gonflé, mais a également reçu son salaire complet pendant dix mois après avoir démissionné.
La réaction politique suit un scénario prévisible. La droite populiste dénonce la mauvaise gestion, le centre-droit pointe des défauts structurels dans le leadership stratégique, et la gauche exprime son choc. Sous l'indignation de façade se cache une naïveté plus profonde. Le conseil d'administration de l'hôpital et les contrôleurs financiers cantonaux n'ont pas exercé de surveillance élémentaire, permettant à une culture de corruption modeste et polie de prospérer au grand jour.
Maintenant, le gouvernement cantonal et une commission d'audit parlementaire exigent des mesures. Le conseil d'administration a été chargé de récupérer le demi-million illégal auprès de l'ancien directeur général. Il est intéressant de noter que les autres membres du personnel qui ont reçu des indemnités irrégulières similaires n'auront pas à rembourser un seul franc. La justification officielle affirme qu'ils ne pouvaient pas savoir que les paiements étaient illégaux, une hypothèse généreuse qui limite commodément les retombées administratives.
Le groupe hospitalier doit revoir toutes les indemnités actuelles d'ici la fin de l'année pour établir une masse salariale légalement conforme. Plus profondément, le gouvernement cantonal examine enfin s'il doit rester le seul propriétaire du groupe hospitalier. C'est une prise de conscience tardive que la gestion d'un empire médical exige plus que de simples poches profondes et une confiance naïve dans la bienveillance des dirigeants.
Écrit par Martina Kirchner martina.kirchner@alpineweekly.com
Dernières nouvelles





