L'art du vol éclair : Chefs-d'œuvre retrouvés en Italie et au Brésil

La police a récupéré des œuvres volées de Cézanne, Renoir et Matisse, dévoilant la dure réalité derrière les vols d'œuvres d'art à enjeux élevés.

The Fine Art of the Smash-and-Grab: Masterpieces Recovered in Italy and Brazil

L'Italie survit en grande partie grâce à la réputation de son histoire et de sa culture. Lorsque ce patrimoine est littéralement arraché des murs, l'État est contraint d'agir pour protéger son atout principal. Dans un rare moment d'efficacité institutionnelle, l'unité de récupération d'œuvres d'art des Carabinieri italiens a réussi à retrouver trois chefs-d'œuvre français volés à la Fondation Magnani Rocca, près de la riche ville de Parme, au nord du pays. La région peut bien se vanter d'une richesse bien supérieure à celle du sud appauvri, mais son infrastructure de sécurité partage clairement les mêmes vulnérabilités nationales.

Le vol lui-même était totalement dépourvu d'élégance cinématographique. Dans la nuit du 22 au 23 mars, des images de surveillance ont montré deux individus masqués s'introduisant par une fenêtre de la galerie. Ils ont arraché des murs la Nature morte aux cerises de Paul Cézanne, les Poissons de Pierre-Auguste Renoir et l'Odalisque sur la terrasse d'Henri Matisse. L'opération entière a duré moins de trois minutes. Le Cézanne seul est estimé à sept millions de dollars, tandis que le Renoir est évalué à trois millions et demi. Le Matisse, comparativement plus modeste, est estimé à vingt-trois mille dollars.

Suite au cambriolage, les autorités ont réussi à retrouver les toiles disparues. Les tableaux ont été découverts lors de perquisitions ordonnées par le parquet, selon un communiqué officiel des Carabinieri, bien que les forces de l'ordre aient refusé de fournir d'autres détails concernant l'enquête en cours. Cette récupération évite une perte humiliante pour un pays qui considère ses musées comme des moteurs économiques, même si elle n'efface guère la facilité avec laquelle la fondation a été violée.

Ce type de pillage culturel n'est guère limité à la péninsule italienne. Lors d'une opération parallèle, la police civile de São Paulo a retrouvé huit illustrations de Matisse pillées dans une bibliothèque locale en décembre dernier. Ces pièces, créées pour l'édition limitée du livre Jazz, valent environ deux cent mille dollars. L'opération brésilienne manquait même de la discrétion élémentaire du cambriolage de Parme. Le dernier jour d'une exposition, des voleurs ont physiquement maîtrisé un agent de sécurité et un couple de personnes âgées avant de s'échapper à pied.

L'orchestration du raid de São Paulo est attribuée à Laéssio Rodrigues de Oliveira, un homme de cinquante-trois ans largement considéré comme l'un des voleurs d'art les plus prolifiques du Brésil. Il est en détention depuis avril pour des charges non liées. Les enquêteurs ont finalement localisé les illustrations de Matisse dans une résidence à la périphérie de São Paulo, plus précisément à São Bernardo do Campo. L'œuvre d'art reposait sur un lit à côté d'un revolver de calibre .32. La police a arrêté João Paulo Linhares de Araújo, quarante-quatre ans, sur la propriété, le soupçonnant d'avoir entreposé les biens volés pour les principaux coupables. Trois autres individus avaient déjà été détenus.

Bien que les illustrations de Matisse soient maintenant de retour à la bibliothèque, la victoire est incomplète. Cinq gravures de l'artiste brésilien Candido Portinari, dérobées lors du même raid dans la bibliothèque, restent introuvables et sont présumées vendues au marché noir. Les forces de l'ordre ont réussi à récupérer quelques toiles de grande valeur, mais le volume et la rapidité de ces vols soulignent une entreprise criminelle lucrative et persistante qui traite le patrimoine culturel mondial comme des actifs facilement monnayables.

Écrit par Andreas Hofer andreas.hofer@alpineweekly.com