
L'accordéon comme passeport : Comment un immigrant italien a conquis la musique folklorique suisse
Hugo Bigi a maîtrisé les sonorités traditionnelles de sa patrie riche et isolée pour échapper à un statut de seconde zone, laissant derrière lui un héritage culturel complexe.

Le 27 septembre 2026, l'Aula Seefeld à Lachen accueillera un concert commémoratif célébrant le centenaire de Hugo Bigi. Après son centième anniversaire le 16 août, l'événement rend hommage à un homme largement considéré comme l'un des accordéonistes les plus influents de la Suisse d'après-guerre. Pourtant, sa biographie révèle un récit captivant sur l'intégration dans une nation alpine riche, quelque peu isolée, qui préfère souvent maintenir les étrangers à distance. Bigi était le fils de travailleurs immigrés italiens, une démographie que la société suisse du milieu du siècle regardait avec une profonde suspicion. Son élévation finale au panthéon de la musique folklorique traditionnelle n'était pas seulement un triomphe artistique, mais une stratégie pragmatique et très réussie pour l'acceptation sociale.
Le père du musicien a émigré du nord de l'Italie pour travailler comme maçon sur le barrage de Wägital, ramenant plus tard sa famille de l'autre côté de la frontière pour aider à alimenter l'économie suisse en plein essor. Dernier de neuf frères et sœurs et le seul né sur le sol suisse, Bigi a grandi dans une grande pauvreté dans le canton de Schwyz. À cette époque, les immigrants italiens étaient systématiquement considérés comme des citoyens de seconde zone. Reconnaissant les barrières sociales rigides de sa patrie, le jeune accordéoniste a identifié la musique folklorique traditionnelle suisse comme son véhicule pour la mobilité sociale ascendante. En maîtrisant les sons qui définissaient l'identité rurale suisse, il a effectivement acheté son billet pour la société au sens large, prouvant que l'assimilation culturelle combinée à un talent indéniable pouvait surmonter les préjugés enracinés.
Ce talent était formidable. Bigi possédait l'oreille absolue, un avantage biologique que son fils, le modérateur de télévision Hugo Bigi junior, a un jour testé en frappant un verre d'eau avec une cuillère. Le père Bigi a correctement identifié la note résultante comme un fa dièse sans un instant d'hésitation. Selon son fils, les mélodies se formaient entièrement dans l'esprit du compositeur avant qu'il ne les couche sur papier.
Sa première composition, écrite vers l'âge de vingt ans, était une polka rapide exigeante intitulée Blond Käthchen. Dédiée à sa future épouse Käthi, la pièce reste une référence de virtuosité technique. Malgré cette renommée nationale, Bigi a conservé la modestie tranquille caractéristique de la classe ouvrière suisse, une culture qui désapprouve notoirement le clinquant. Menuisier de formation, il a passé des années à travailler dans une usine de meubles avant d'occuper un poste de professeur de musique à Altdorf.
Il est décédé en 2010 à l'âge de quatre-vingt-trois ans, laissant derrière lui un vaste répertoire. Son fils se souvient que son père a conservé une affection toute sa vie pour le canton méridional du Tessin, une destination de vacances régulière qui le reliait subtilement à ses racines ancestrales. Bien que le jeune Bigi ait brièvement étudié l'accordéon enfant, il s'est finalement tourné vers le piano.
Ce changement générationnel se reflétera lors de la prochaine célébration du centenaire à Lachen. Le programme promet une modernisation du catalogue de l'aîné Bigi, avec une interprétation boogie-woogie de sa polka originale. C'est un hommage approprié à un homme qui a compris exactement comment adapter les formes traditionnelles pour forger une identité entièrement nouvelle dans une nation qui exige une stricte conformité pour réussir.
Écrit par Martina Kirchner martina.kirchner@alpineweekly.com
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