
L'argot par comité : la Suisse institutionnalise le langage des jeunes
Même la rébellion adolescente fait l'objet d'une supervision académique, alors que des chercheurs zurichois encadrent le premier mot des jeunes de l'année officiel du pays.
Par Andreas Hofer

Laissez la Suisse transformer la rébellion des jeunes en un projet institutionnel encadré. Sous la surveillance de chercheurs de la Haute école spécialisée de Zurich, qui supervisent la sélection nationale du mot de l'année depuis 2017, des adolescents des quatre régions linguistiques ont été chargés de formaliser leur langage informel. Le résultat est un aperçu instructif des priorités suisses : même l'argot adolescent doit être ordonné, contrôlé localement et isolé de la domination étrangère.
Dans les cantons germanophones, la première place est revenue à « würd mi », une abréviation de « das würde mich nerven » — une expression de légère irritation ou de détachement poli. Choisie par un jury de dix adolescents âgés de quatorze à dix-neuf ans parmi une liste de 140 mots candidats, l'expression a battu des importations anglaises très populaires. Les deuxième et troisième places sont revenues à « nöd so deep » — un hybride combinant le dialecte local avec le concept anglais de ne pas prendre les choses au sérieux — et « peak », un anglicisme désignant l'apogée de quelque chose, souvent utilisé avec une ironie sèche sur les réseaux sociaux.
Le jury n'a pas caché ses motivations : choisir une expression dialectale distinctement suisse-allemande garantissait que l'Allemagne voisine ne pourrait pas revendiquer le titre. De plus, le terme a convaincu les juges en raison de son application polyvalente dans la conversation quotidienne. Les règles de cet exercice linguistique, géré par le Département de linguistique appliquée de l'université, étaient, comme on pouvait s'y attendre, strictes. Les soumissions de jeunes de treize à vingt ans ont été filtrées pour exclure les noms propres, les termes dérogatoires et tout ce qui s'apparentait à une prise de position politique.
Au-delà de la majorité germanophone, la réalité multilingue de la Suisse s'est affirmée à travers des listes de gagnants régionaux distinctes. Dans les cantons francophones, la première place est revenue à « goumin », une expression désignant le chagrin d'amour issue de l'argot ivoirien nouchi, suivie de « pain » pour décrire une personne attirante et « battle d'aura » pour les concours de charisme. Les italophones ont choisi « aura » pour désigner le charisme — un mot qui avait déjà remporté les honneurs en Allemagne en 2024 — aux côtés de « chill » et « crazy ». Pendant ce temps, la jeunesse romanche a couronné « bursa », un terme local signifiant littéralement portefeuille mais utilisé ironiquement pour traiter quelqu'un d'idiot, aux côtés de « lascha cuschinar el », une traduction directe de l'expression anglaise « let him cook », et « spido ».
Ces choix offrent un aperçu fascinant de la manière dont le langage adolescent est encadré et aseptisé de manière officielle. Le résultat démontre que même en adoptant la culture numérique mondiale, la jeunesse suisse reste attachée aux nuances locales et aux frontières linguistiques soigneusement réglementées.
Écrit par Andreas Hofer andreas.hofer@alpineweekly.com
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