
Bruxelles retire 2 millions d'euros à la Biennale de Venise alors que le différend avec la Russie se dirige vers un appel
La Commission affirme que l'argent culturel de l'UE doit refléter ses valeurs ; La Biennale insiste sur le fait que la subvention couvrait les activités cinématographiques, et non le pavillon controversé.

La Commission européenne a retiré une subvention de 2 millions d'euros à La Biennale di Venezia, et l'affaire appartient désormais autant aux avocats qu'aux conservateurs. Ce qui a commencé comme un différend concernant un pavillon russe à la Biennale de Venise s'est transformé en un nouvel argument sur qui doit définir les valeurs culturelles européennes, et à quel prix.
La décision a été officialisée par l'Agence exécutive européenne pour l'éducation et la culture, Eacea, après une évaluation juridique et sur recommandation de la Commission. Bruxelles affirme que les événements financés par des fonds de l'Union doivent promouvoir les valeurs démocratiques, le dialogue, la diversité et la liberté d'expression, et que ces principes ne sont pas respectés dans la Russie d'aujourd'hui. C'est la base officielle de la fin de la contribution.
Le déclencheur est le retour de la Russie à la Biennale de Venise pour la première fois depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022. Le pavillon russe, propriété de l'État russe, présente le projet de performance et musical « L'arbre est enraciné dans le ciel », créé par une cinquantaine d'artistes sélectionnés par les autorités de Moscou. Le pavillon lui-même est resté fermé au public, tandis que l'installation était visible de l'extérieur sur un grand écran.
Cette décision a suscité des protestations de l'Ukraine et d'un certain nombre d'artistes, de conservateurs et de professionnels de la culture internationaux. Ils ont accusé Moscou d'utiliser la Biennale comme un véhicule de propagande culturelle et de guerre hybride. Kiev a également remis en question les liens présumés entre le conservateur du pavillon et l'industrie de l'armement russe. Bruxelles avait déjà averti la fondation ces derniers mois que ce choix pourrait mettre en péril les financements européens, et après avoir jugé les explications insuffisantes, elle a procédé au retrait.
La Biennale di Venezia a déclaré qu'elle ferait appel. Dans un communiqué, la fondation a indiqué que la décision avait été signalée bien à l'avance et qu'elle était prête à défendre sa position devant les instances compétentes. Elle a également souligné que la subvention de l'UE ne finançait pas l'exposition d'art au centre de la controverse, mais des activités dans le secteur du cinéma, notamment le Biennale College et le Venice Production Bridge. Selon la fondation, la subvention a soutenu des travaux sans rapport avec la participation de la Russie à la Biennale Arte et n'affectera pas matériellement le budget, les comptes ou le programme prévu.
Le gouvernement italien a réagi rapidement. La sous-secrétaire d'État à la Culture, Lucia Borgonzoni, a soutenu l'appel et a déclaré que le raisonnement de l'Eacea ne présentait pas les éléments justifiant une décision d'une telle ampleur. Luca Zaia, le président de la région Vénétie, a également critiqué la coupe et l'a qualifiée d'inacceptable, arguant que les artistes ne devraient pas être traités comme des soldats de leurs gouvernements et que la culture devrait rester un espace d'échange même en période de crise internationale.
L'affaire entre désormais sur le terrain juridique. Bruxelles affirmera que l'argent de l'UE doit rester aligné sur les valeurs déclarées de l'Union, tandis que La Biennale soutiendra que le financement du cinéma ne peut être traité comme une punition pour un pavillon distinct. Pour une institution qui dépend de l'argent européen et de la bonne volonté politique, ce n'est pas une distinction anodine. La facture s'élève à 2 millions d'euros, mais la question plus vaste est de savoir si Bruxelles veut policer la culture par principe ou par proximité.
Écrit par Christiane Hofreiter christiane.hofreiter@alpineweekly.com
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