Bruxelles veut un marché bancaire unique — et moins d'excuses pour les vetos nationaux

Le nouveau plan de la Commission promet plus de prêts et plus d'investissements, mais il signifie aussi moins de marge de manœuvre pour les régulateurs nationaux lorsqu'il s'agit d'interférer quand les banques franchissent les frontières.

Brussels wants a single banking market — and fewer excuses for national vetoes

La Commission européenne a décidé que le marché bancaire européen est encore trop national, trop maladroit et, surtout, trop cher. Dans un rapport publié vendredi, elle a jeté les bases politiques d'une refonte en profondeur des règles bancaires de l'UE, qui faciliterait l'activité transfrontalière des banques et, en théorie, libérerait des milliards de capitaux pour les prêts et les investissements. Bruxelles affirme qu'il s'agit de compétitivité. Il s'agit aussi, commodément, de grignoter un peu plus le contrôle national.

Le diagnostic n'est pas difficile à établir. Une décennie après le lancement de l'Union bancaire, le marché reste divisé selon des lignes nationales. Cette fragmentation rend plus difficile pour les banques de servir les entreprises et les ménages à travers le bloc, et elle laisse des capitaux bloqués à l'intérieur des pays individuels. La Commission veut assouplir ces contraintes en simplifiant les règles de surveillance, en renforçant les liens entre la politique bancaire et l'Union de l'épargne et de l'investissement, et en réduisant les différences qui font qu'un marché soi-disant unique semble encore plutôt provincial.

Les enjeux sont suffisamment importants pour justifier le théâtre politique. La Commission affirme que l'Europe est confrontée à des besoins d'investissement annuels d'environ 1 200 milliards d'euros, y compris les dépenses en technologies propres, en défense et en intelligence artificielle. Elle prétend que moins de barrières dans le secteur bancaire pourraient aider à financer ce déficit. La lecture plus sobre est que Bruxelles a remarqué, une fois de plus, que l'argent ne circule pas aussi librement que les fonctionnaires le souhaiteraient lorsque chaque État membre insiste pour préserver son propre petit royaume réglementaire.

Le plan réduirait la discrétion des autorités nationales à mesure que les règles s'harmoniseront au niveau de l'UE. Les superviseurs locaux pourraient perdre une partie du contrôle sur le capital et la liquidité détenus par les filiales, et leur capacité à bloquer ou à conditionner les fusions et acquisitions transfrontalières diminuerait. La protection des dépôts et les procédures de résolution bancaire seraient également harmonisées au niveau de l'UE. Pour la Commission, il s'agit d'une rationalisation. Pour les États membres, c'est une manière polie de se faire dire que leurs vetos deviennent une nuisance.

La réforme cible également la manière dont les groupes bancaires sont supervisés. Les groupes transfrontaliers doivent actuellement satisfaire aux exigences de capital et de liquidité tant au niveau de la maison mère que des filiales, ce qui mobilise des ressources pays par pays. Bruxelles souhaite que les autorités supervisant les banques mères acquièrent plus de pouvoir sur l'ensemble des groupes. Pour les grands noms tels qu'UniCredit, BNP Paribas et Santander, la Banque Centrale Européenne agirait aux côtés des autorités nationales. Les groupes plus petits resteraient généralement sous surveillance nationale, avec une supervision de la BCE au sein de l'Union bancaire. Les banques mères devraient également veiller à ce que les filiales restent correctement financées en temps normal et pendant les crises.

La Commission affirme que cela libérerait des capitaux, réduirait les coûts de conformité et de financement, et rendrait l'expansion transfrontalière plus attrayante. Elle sait également que les objections habituelles vont arriver, c'est pourquoi elle a enveloppé la proposition dans le langage familier des garanties. Les créanciers et les déposants, dit Bruxelles, doivent rester protégés, et tout assouplissement des barrières prudentielles doit être accompagné de mesures qui préservent la stabilité financière dans toute l'UE. Le rapport prévoit également des mesures pour décourager les banques de détenir trop de dettes émises par un seul gouvernement et pour les pousser vers des portefeuilles d'obligations souveraines plus diversifiés.

La protection des dépôts est une autre pièce du puzzle. La Commission souhaite revoir le cadre d'assurance afin que les dépôts couverts reçoivent une protection égale dans toute l'Union bancaire. Elle veut également rendre moins probable que la défaillance d'une banque transfrontalière incombe aux États membres individuels, aux budgets nationaux ou aux régimes de garantie des dépôts. En parallèle, la gestion des banques transfrontalières défaillantes devrait devenir plus prévisible, les fonds devraient être déplacés plus efficacement au sein des groupes en période de stress, et le soutien d'urgence en liquidités devrait être renforcé.

Il y a plus, parce qu'il y en a toujours. Les différences dans les règles de lutte contre le blanchiment d'argent et de protection des consommateurs rendent encore coûteux pour les banques d'opérer au-delà des frontières et d'offrir des produits dans toute l'UE. Des systèmes informatiques séparés et des processus de conformité séparés sont le prix de cette fragmentation. La Commission affirme qu'elle poussera à une plus grande harmonisation, y compris des règles communes de lutte contre le blanchiment d'argent à partir de juillet 2027. Elle examinera également si les règles nationales de protection des consommateurs fragmentent inutilement le marché et comment la réglementation peut soutenir la banque numérique et l'innovation sans affaiblir la cybersécurité.

Le rapport n'est pas encore une loi, bien sûr. C'est le premier mouvement. La Commission prévoit de présenter des propositions formelles au premier trimestre 2027. Si elle parvient à ses fins, l'Europe disposera d'un système bancaire plus intégré, d'une surveillance plus centrale et de moins d'obstacles nationaux. La question de savoir si cela produit un marché plus efficace ou simplement plus obéissant est celle que Bruxelles préférerait ne pas entendre trop fort.

Écrit par Thomas Nussbaumer

thomas.nussbaumer@alpineweekly.com