Verre brisé et coups de feu : une mise à l'épreuve de la réalité suisse à Soleure

La décision d'un agent de police hors service d'ouvrir le feu sur des cambrioleurs en fuite d'un armurier met à l'épreuve les limites de la force de l'État.

Shattered Glass and Gunfire: A Swiss Reality Check in Solothurn

La Suisse est une nation qui préfère que ses crimes soient strictement en col blanc, commis discrètement derrière des vitres dépolies plutôt qu'avec la force brute dans une rue pavée. Pourtant, la tranquillité de Soleure a été brutalement brisée dans la nuit de mercredi à jeudi lorsqu'un groupe de voleurs a forcé la vitrine d'un armurier local. Les cambrioleurs ont réussi à s'introduire par effraction, à s'emparer d'une quantité indéterminée de marchandises et à prendre la fuite à bord d'un véhicule d'évasion arborant des plaques d'immatriculation françaises. Cette intrusion transfrontalière dans un système étatique riche et très fonctionnel a rencontré une réponse plutôt abrupte : un officier de police du canton de Soleure, hors service, a tiré avec son arme.

L'image d'un policier hors service tirant des coups de feu sur des suspects en fuite semble distinctement peu suisse. C'est une société qui se targue habituellement d'une aversion prudente, presque lâche, aux conflits physiques. Selon les autorités, rien n'indique que quiconque ait été effectivement touché par les tirs. Cependant, le simple fait de décharger une arme de service plonge l'officier dans un réseau complexe de contrôles légaux et bureaucratiques, obligeant l'État à examiner la manière dont son monopole de la violence est appliqué.

Rolf P. Steinegger, avocat et ancien président de la section de Berne-Ville de l'Association Suisse des Officiers de Police, offre un regard lucide sur les mécanismes de la coercition étatique. La doctrine fondamentale est la proportionnalité. Une arme à feu est l'instrument final absolu de la force policière, strictement réservé aux situations où toutes les autres options ont été entièrement épuisées. Steinegger note que, si tirer sur quelqu'un fuyant avec un tube de dentifrice volé serait indéniablement absurde, une effraction dans un dépôt d'armes modifie entièrement le calcul juridique.

La justification réside dans l'escalade immédiate du danger public. Une arme à feu volée ne nécessite qu'un chargeur et des munitions pour devenir une menace létale pour la population générale. L'officier hors service n'avait aucun moyen de savoir si les malfaiteurs dans la voiture immatriculée en France étaient de simples opportunistes du marché noir cherchant une vente rapide ou des membres d'une cellule terroriste. Cette ambiguïté confère à la police une plus grande latitude lorsque les armes sont la cible du vol.

Légalement, le badge ne dort pas. Qu'un officier soit en service ou rentre chez lui, le seuil pour décharger une arme reste identique, bien que le personnel hors service soit censé être exceptionnellement rigoureux pour s'assurer que les critères sont remplis. Maintenant, la machine étatique fera ce qu'elle sait faire de mieux : s'enquêter elle-même. Un examen interne est la procédure standard pour déterminer la légalité des tirs. Si l'État conclut que son monopole de la violence a été appliqué de manière inappropriée, l'officier fait face à des mesures disciplinaires ou à un renvoi devant un tribunal pénal. Pour l'instant, Soleure retrouve son sommeil calme et naïf, débarrassée du verre brisé mais avec l'écho persistant des coups de feu.

Écrit par Freya Stensrud

freya.stensrud@alpineweekly.com