La logique bancale du Parlement

Berne exige des frontières plus solides tout en réduisant simultanément le budget de la sécurité. Un cas classique de théâtre politique primant sur la réalité fiscale.

Parliament's Borderline Logic

Dans les vénérables couloirs de Berne, un drame politique familier se déroule. Le Conseil des États a, avec une majorité bourgeoise, adopté des motions du groupe UDC et PLR exigeant des contrôles frontaliers permanents. C'est un signal fort, destiné à rassurer un public préoccupé par la criminalité transfrontalière et l'immigration clandestine. En surface, c'est une mesure décisive. Mais il suffit de gratter cette surface pour découvrir une politique construite sur du sable.

La frontière suisse est un défi de taille : longue de 2000 kilomètres, avec plus de 400 points de passage qui voient quelque 2,2 millions de personnes transiter chaque jour. Gérer cela n'est pas une mince affaire. L'Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF) opère déjà sur un système basé sur les risques, intervenant là où des soupçons surgissent. La nouvelle exigence parlementaire, cependant, vise quelque chose de beaucoup plus complet, et vraisemblablement, beaucoup plus coûteux.

C'est là que réside la contradiction. Le même parlement qui exige une amélioration de la sécurité serre également les cordons de la bourse. L'OFDF doit recevoir six millions de francs de moins dans le budget 2026, avec une réduction supplémentaire de trois millions de francs prévue d'ici la fin de la période financière. La ministre des Finances Karin Keller-Sutter, dont le département supervise l'OFDF, a pertinemment souligné la divergence, notant que ceux qui disent « A » doivent également être prêts à dire « B ». Il semble que certains parlementaires se contentent de s'arrêter à la première lettre de l'alphabet.

Que faudrait-il réellement pour remplir ce mandat ? Selon le propre plan d'action de l'OFDF, une centaine de nouveaux postes à temps plein seraient nécessaires juste pour déployer deux patrouilles supplémentaires le long des routes migratoires les plus critiques. Ces cent postes sont, naturellement, non financés. Ils sont nominalement liés à une proposition du ministre de la Défense visant à augmenter la taxe sur la valeur ajoutée pour financer les améliorations militaires, un plan qui a rencontré une forte opposition de la plupart des partis. Les gardes-frontières, semble-t-il, doivent attendre l'armée.

L'OFDF elle-même a admis franchement qu'avec ses ressources actuelles, toute surveillance intensifiée ne peut être que temporaire. Des contrôles soutenus et intensifiés sont impossibles sans une augmentation significative du budget. C'est une manière polie et bureaucratique de dire l'évidence : vous ne pouvez pas avoir plus avec moins.

Comme si l'absurdité financière ne suffisait pas, l'OFDF est également aux prises avec ses propres troubles internes. Un important programme de réorganisation et de formation, baptisé « Allegra », vise à former polyvalemment les spécialistes des douanes et les gardes-frontières. Pourtant, les progrès sont glaciaux. Moins de la moitié des 1748 employés concernés ont terminé le programme. Plus préoccupant encore, 153 membres du personnel sont soit incapables soit peu disposés à participer, une situation compliquée par les préoccupations syndicales concernant d'éventuelles réductions de salaire pour les non-participants. Une agence en difficulté avec des réformes internes aussi fondamentales semble difficilement préparée à assumer une mission considérablement élargie.

Alors, que devons-nous en penser ? Le parlement fait un geste fort, le gouvernement montre un portefeuille vide, et l'agence sur le terrain est embourbée dans ses propres problèmes. L'appel à une plus grande sécurité aux frontières semble être moins une initiative politique sérieuse qu'un exercice de posture politique sans coût. Cela permet aux politiciens de paraître fermes sur la sécurité sans prendre les décisions difficiles nécessaires pour la financer réellement. On peut se demander si l'objectif est de sécuriser la frontière, ou simplement de s'assurer des voix.

Écrit par Thorben Thiede

thorben.thiede@alpineweekly.com