La guerre de Genève contre les maillots de bain

Dans un effort pour réglementer le burkini, le canton a réussi à interdire la protection solaire pour les enfants, déclenchant une réaction prévisible.

Geneva's War on Swimwear

Il y a un certain génie administratif à tenter de résoudre un problème perçu en en créant plusieurs nouveaux. Le canton de Genève a donné une leçon magistrale dans cet art particulier avec ses nouvelles réglementations pour les piscines publiques. Dans le but de s'attaquer à la question politiquement sensible du burkini, les législateurs ont lancé un filet si large qu'il a piégé les parents soucieux du soleil et leurs enfants.

Depuis samedi dernier, les maillots de bain dans les piscines genevoises doivent être en une ou deux pièces, s'arrêtant au-dessus du genou et laissant les bras nus. Cette règle, qui ne fait aucune distinction entre adultes et enfants, interdit de fait les maillots de bain intégraux portés par certaines femmes musulmanes. Mais dans une tentative maladroite de neutralité, elle proscrit également les maillots de bain anti-UV à manches longues couramment utilisés pour protéger les enfants du cancer de la peau. L'ironie semble avoir échappé aux législateurs.

La réaction a été immédiate et entièrement prévisible. Des parents dans des piscines bondées comme Genève-Plage ont exprimé leur incrédulité ce week-end. Protéger les enfants du soleil, autrefois considéré comme une parentalité responsable, est désormais une violation de la loi cantonale à l'intérieur de la piscine. Hors de l'eau, bien sûr, chacun est libre de s'habiller comme il le souhaite, une distinction qui ne fait que souligner la nature arbitraire de la règle.

Même ceux chargés d'appliquer cet édit sont sceptiques. Le directeur des opérations de Genève-Plage, Christian Marchi, a souligné le cauchemar logistique que représente la surveillance de milliers de visiteurs un jour de forte affluence. Comment, se demande-t-il, son personnel est-il censé affronter chaque personne portant une chemise à manches longues ou un pantalon dans l'eau ? La question est pertinente et elle met en évidence la déconnexion fondamentale entre l'ambition législative et la réalité pratique.

L'origine de la loi réside dans une manœuvre parlementaire. Adoptée en mars, la mesure a été façonnée par le Parti du Centre, qui a choisi de définir ce qui est permis plutôt que ce qui est interdit. Leur chef de groupe, Jean-Marc Guinchard, a présenté cela comme un moyen d'éviter la discrimination et de créer une norme uniforme. Le résultat est une réglementation qui traite le t-shirt solaire d'un enfant et un vêtement religieux comme des menaces équivalentes à l'ordre public.

L'opposition se mobilise déjà. Une coalition d'organisations a annoncé son intention de faire appel, espérant suspendre la loi. Aude Martenot, porte-parole de l'alliance, qualifie la loi d'islamophobe pour son ciblage clair des femmes musulmanes. Pourtant, la critique va plus loin, suggérant qu'elle discrimine également les personnes en surpoids qui pourraient être mal à l'aise en maillot de bain conventionnel et qu'elle est sexiste en dictant la tenue vestimentaire des femmes. On est laissé à se demander si la poursuite de l'uniformité bureaucratique valait autant de problèmes.

Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com