Le devoir de l'avocat et le 'droit' du meurtrier

La défense d'un meurtrier brutal par un politicien suisse soulève des questions inconfortables sur les limites de l'État de droit.

The Lawyer's Duty and the Killer's 'Right'

Il y a une certaine logique clinique dans la profession juridique qui peut sembler dissonante pour le monde extérieur. Cela a été clairement illustré dans un récent tribunal de Bâle-Campagne, où un ancien politicien social-démocrate, Christian von Wartburg, a plaidé au nom d'un homme qui avait brutalement tué sa femme. Son parti politique, bien sûr, défend les droits des femmes et milite contre le féminicide, un détail qui ajoute une couche d'ironie exquise aux procédures.

L'affaire elle-même était brutale et, dans sa conclusion, simple. En mai 2026, le tribunal a condamné l'homme à la prison à vie pour le meurtre de sa femme en 2024, à leur domicile de Binningen. Le verdict n'est pas encore définitif, mais les faits présentés laissaient peu de place au doute. Ce qui a retenu l'attention du public, cependant, n'était pas le crime lui-même, mais la nature de la défense.

La stratégie de von Wartburg était audacieuse : il a affirmé que son client avait agi en légitime défense. Ce récit a dépeint la femme assassinée comme l'agresseur, alléguant qu'elle avait attaqué son mari avec un couteau. La défense a même évoqué des incidents passés, comme la femme lui aurait soi-disant lancé une chaussure, dans une tentative de la dépeindre comme volatile. C'était une tentative classique, bien que grossière, de déplacer la culpabilité.

Le tribunal n'a pas été impressionné du tout. Il a systématiquement démantelé l'argument de la légitime défense, notant une absence totale de preuves à l'appui. Les rapports d'experts contredisaient l'affirmation, et surtout, l'accusé lui-même n'avait fait aucune mention d'une telle attaque dans son récit initial des événements. La stratégie n'a pas seulement échoué ; elle a été anéantie par les faits.

Face aux accusations de culpabilisation de la victime, von Wartburg est resté résolu, faisant appel à un principe supérieur. Il soutient que chaque individu, quelle que soit l'atrocité du crime allégué, a droit à une défense solide. C'est le devoir d'un avocat, insiste-t-il, de présenter tous les arguments qui pourraient disculper son client, sans craindre le tollé public. Agir autrement, à son avis, serait une trahison de sa conscience professionnelle.

Cette position est le fondement de tout État fonctionnel basé sur l'État de droit, un concept que les Suisses tiennent en très haute estime. Pourtant, elle pose une question difficile : où s'arrête l'obligation professionnelle et où commence la responsabilité morale ? Défendre l'indéfendable fait partie du travail, mais construire activement un récit qui diabolise la victime semble aller au-delà. On se demande si la pureté abstraite du principe juridique offre une couverture adéquate pour des tactiques qui semblent si profondément cyniques.

Écrit par Andreas Hofer andreas.hofer@alpineweekly.com