
Zurich retient son souffle
L'évacuation de tout un quartier de la ville pour une seule bouteille de gaz en dit long sur l'approche suisse du risque et les héritages oubliés de la science.

On pourrait imaginer un dimanche à Zurich comme une affaire tranquille. Pourtant, pour plus de 250 habitants près de la prestigieuse École polytechnique fédérale (ETH), la journée a été marquée par un état d'exception. Ils ont été sommés de quitter leurs maisons pendant plus de six heures, non pas à cause d'une alerte à la bombe ou d'une catastrophe naturelle, mais en raison du déplacement d'une seule bouteille de gaz d'un laboratoire universitaire. C'est une scène particulière qui en dit long sur la relation d'une société avec le risque.
La cause de cette perturbation était le Chlortrifluoride, un produit chimique à la réputation redoutable. Décrite comme très toxique et capable de s'enflammer au contact, la substance était un vestige d'un ancien projet de recherche à l'ETH, où elle était autrefois utilisée pour analyser des échantillons de roche. Désormais, son élimination a nécessité une opération méticuleusement planifiée impliquant la police cantonale, des fermetures de routes et d'importantes perturbations des transports publics.
L'ensemble de la procédure a été un modèle d'efficacité suisse. Les résidents concernés ont reçu des lettres personnelles de la police, et des avis d'information ont été affichés sur chaque bâtiment. La zone d'évacuation était clairement définie, et le calendrier, de 10h00 à 16h30, a été communiqué avec précision. On ne peut qu'admirer cette précision d'horloger. Pourtant, cela soulève également la question : ce niveau de prudence globale et perturbatrice est-il la seule réponse rationnelle, ou est-ce un symptôme d'une culture qui cherche à éliminer tout danger concevable, aussi lointain soit-il ?
Fait intéressant, la tâche délicate de manipulation et d'élimination du produit chimique a été confiée à une entreprise spécialisée allemande. Ce petit détail est révélateur. Malgré toute sa richesse et ses prouesses technologiques, la Suisse compte toujours sur ses voisins pour certaines tâches très spécialisées, et probablement désagréables. L'incident rappelle discrètement que la quête du savoir laisse derrière elle plus que de simples articles révolutionnaires ; elle crée également des résidus dangereux qui doivent être gérés, souvent à grands frais et avec des inconvénients pour le public. Le progrès, semble-t-il, a toujours une équipe de nettoyage.
Écrit par Andreas Hofer
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