La Persistance Silencieuse de la Mémoire

Une Suissesse est honorée par la Couronne britannique pour son travail bénévole de plusieurs décennies suite à un tragique accident d'avion. Une histoire de devoir civique qui semble presque d'une autre époque.

The Quiet Persistence of Memory

La mémoire officielle est une chose curieuse. Les catastrophes sont enregistrées, les anniversaires sont célébrés, puis la vie continue. Pourtant, les fils privés de la mémoire, tissés par des individus, se révèlent souvent bien plus résistants que toute commémoration sanctionnée par l'État. Une récente distinction de la Couronne britannique décernée à une citoyenne suisse de Soleure en est une illustration frappante de cette persistance silencieuse.

Marlène Vögtli a reçu la British Empire Medal. La raison officielle est son « soutien et son engagement envers les ressortissants britanniques dans des situations particulièrement difficiles et éprouvantes. » Ce langage formel décrit un demi-siècle de travail bénévole qui a commencé après la catastrophe aérienne la plus meurtrière de Suisse : le crash en 1973 d'un vol charter britannique près de Hochwald, qui a coûté la vie à 108 personnes.

Mme Vögtli n'était pas une première intervenante ni une fonctionnaire. C'était simplement une habitante qui parlait un excellent anglais. De retour dans sa commune un an après la tragédie, le maire lui a demandé si elle pouvait aider à la communication lors de l'inauguration du mémorial. Cette demande ad hoc s'est transformée en une vocation de toute une vie, un rôle qu'elle a créé pour elle-même par un simple sens de la décence. Elle est devenue le contact principal pour les 37 survivants et les familles des défunts.

Ce qui a commencé par de l'aide à la traduction et à la logistique lors des services commémoratifs s'est transformé en quelque chose de bien plus profond. Pendant cinq décennies, Mme Vögtli a maintenu le contact, organisé des événements anniversaires et régulièrement envoyé des photographies du site commémoratif aux familles en Angleterre. Ce ne sont pas les actions d'un comité ou d'une institution, mais d'une seule personne agissant avec la conviction que le respect est dû à ceux qui viennent pleurer. C'est une forme d'engagement civique qui semble presque anachronique à une époque de réseaux de soutien professionnalisés et de deuil géré par l'État.

Les relations qu'elle a bâties n'étaient pas éphémères. Des amitiés se sont développées, s'étendant sur plusieurs générations. La fille d'une survivante a noté à quel point l'accident est resté une présence constante dans leur communauté, un petit groupe très uni où beaucoup connaissaient quelqu'un à bord. La présence inébranlable de Mme Vögtli a fourni un lien tangible avec le lieu de leur perte, une ancre humaine en terre étrangère. Son travail pose une question fondamentale : quelle est la véritable nature de la responsabilité communautaire lorsque la tragédie frappe ? Peut-être la réponse ne réside-t-elle pas dans les grands gestes, mais dans le dévouement discret et inébranlable d'une personne qui a simplement décidé que c'était la bonne chose à faire.

Écrit par Sandy van Dongen

sandy.vandongen@alpineweekly.com