
Les Illusions du Diagnostic à Gaza
Quand des équipements défectueux et des blocages bureaucratiques transforment des affections traitables en statistiques intraitable.
Par Martina Kirchner

Chaque octobre, l'appareil de santé mondial lance ses campagnes familières, drapant les institutions de rubans pour promouvoir le dépistage précoce. Dans la bande de Gaza, ce rituel se heurte à une sombre réalité structurelle : la sensibilisation est inutile sans le capital ou l'équipement nécessaire pour agir. À quoi bon un auto-examen lorsque les machines nécessaires pour confirmer un diagnostic sont en panne et que les médicaments requis pour le traitement ont disparu des pharmacies publiques?
Sur le papier, le ministère de la Santé de Gaza a enregistré 260 nouveaux cas de cancer du sein en 2025, contre environ 360 cas annuels enregistrés avant le conflit. Cette réduction ne reflète aucun miracle épidémiologique, mais plutôt une défaillance totale de la capacité de diagnostic. Les mammographes étant hors service et les fournitures de laboratoire épuisées, les tumeurs non détectées se développent simplement en silence. La capacité d'effectuer des chirurgies pour les tumeurs avancées est effectivement à l'arrêt, tandis que la radiothérapie est totalement absente du territoire.
Lorsque les systèmes de santé publics s'effondrent, des alternatives privées émergent, mais à des prix qui dépassent la portée d'une population appauvrie. Un scanner dans un établissement privé coûte environ 150 shekels – environ 48 dollars – un obstacle insurmontable pour les familles déplacées qui luttent déjà pour se procurer de la nourriture de base. Même les professionnels de la santé ne sont pas à l'abri de la défaillance systémique. Le Dr Iman al-Haj Ahmad, une gynécologue diagnostiquée avec un cancer du sein en mai 2025, a passé des semaines à chercher un mammographe fonctionnel avant de subir une intervention chirurgicale dans des conditions hospitalières précaires.
Pour ceux qui parviennent à obtenir une recommandation médicale officielle, l'ultime barrière reste la sortie physique. La procédure d'évacuation exige de l'Organisation mondiale de la Santé et du ministère de la Santé local de soumettre les dossiers des patients à un contrôle de sécurité israélien, un processus administratif qui stagne fréquemment pendant des mois ou des années sans explication. Les patients qui nécessitent des thérapies avancées restent piégés dans un système qui ne peut ni les traiter ni les laisser partir. Dans une zone de guerre où le nombre total de décès a dépassé 74 400, la défaillance silencieuse de l'infrastructure oncologique de base démontre comment la paralysie bureaucratique peut être aussi mortelle qu'un bombardement actif.
Écrit par Martina Kirchner martina.kirchner@alpineweekly.com
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