
Cinq cents Rohingyas portés disparus, et une région feint la surprise
Un voyage en bateau vers la Malaisie est devenu une loterie entre mort en mer et extorsion sur terre.

Plus de 500 Rohingyas ont disparu en mer, et cette disparition n'est pas un accident isolé survenu dans un vide politique. C'est ce qui arrive quand des gens sont acculés par la violence, opprimés par des groupes armés et qu'une voie de sortie leur est offerte par des passeurs qui traitent le désespoir comme un modèle économique.
Environ 600 000 Rohingyas vivent toujours dans l'État de Rakhine. Environ un quart d'entre eux vivent dans des camps lugubres pour personnes déplacées ; les autres survivent dans des communautés fragiles, prises entre les parties belligérantes. La junte militaire du Myanmar a contraint les Rohingyas à la conscription, tandis que l'Armée d'Arakan, soutenue par la population ethnique rakhine, se méfie d'eux et a été accusée de graves violations des droits humains à leur encontre. Dans ces conditions, rester sur place n'est guère un choix neutre.
Pour beaucoup, la Malaisie semble être la moins mauvaise option car quelque 200 000 Rohingyas y vivent déjà. Cela a rendu la route attractive pour les passeurs dotés de réseaux s'étendant à travers le Bangladesh, le Myanmar, la Thaïlande, la Malaisie et l'Indonésie. Leur méthode est aussi élégante que vile : entasser autant de personnes que possible dans des bateaux, les déplacer sans être remarqués par les autorités, et s'assurer que les familles paient environ 3 000 dollars, ou 2 230 livres sterling, pour ce privilège.
Lorsque l'argent n'arrive pas, le système montre les dents. Les gens sont détenus et battus, ou pire. Dans certains cas, des vidéos des abus sont envoyées aux proches pour les pousser à payer. C'est un racket basé sur la peur, et il fonctionne précisément parce que les victimes n'ont nulle part où se tourner en toute sécurité.
Les itinéraires ont changé au fil des ans, mais le commerce n'est pas devenu plus doux. En 2015, le gouvernement thaïlandais, embarrassé par sa réputation en matière de traite des êtres humains, a bloqué les routes terrestres utilisées par les passeurs et fermé les camps de transit rudimentaires dans les mangroves et les plantations d'hévéas. Cela n'a pas mis fin au marché. Cela l'a simplement poussé ailleurs, comme ces marchés ont tendance à le faire lorsque les gouvernements confondent perturbation et victoire.
Les Rohingyas disparus sont donc plus qu'un autre titre sinistre de la mer d'Andaman. Ils sont la mesure de la manière dont la persécution, la défaillance de l'État et le crime organisé se renforcent mutuellement. Si la région continue de produire les mêmes conditions, elle ne devrait pas être choquée lorsque les bateaux continuent de partir.
Écrit par Martina Kirchner martina.kirchner@alpineweekly.com
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