
Les Républicains américains accusent l'UE de censure numérique, Bruxelles riposte
Un rapport du Comité judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis affirme que l'Europe supprime la liberté d'expression conservatrice et s'ingère dans les élections — des allégations que la Commission européenne et les experts rejettent fermement.

Un nouveau rapport des législateurs républicains aux États-Unis a relancé un différend transatlantique sur la liberté d'expression en ligne, accusant l'Union européenne de mener une campagne à long terme visant à censurer les Américains, à manipuler les élections et à cibler de manière disproportionnée le contenu conservateur. Les responsables européens et les experts indépendants ont rejeté ces allégations, arguant que les accusations déforment à la fois le droit de l'UE et le fonctionnement de la régulation numérique dans la pratique.
Le rapport, publié par le Comité judiciaire de la Chambre des représentants, dirigé par les Républicains, et intitulé La Menace de la Censure Étrangère, Partie II, allège que la Commission européenne a passé plus d'une décennie à faire pression sur les principales plateformes de médias sociaux, en coulisses, pour qu'elles modifient leurs politiques mondiales de modération de contenu. Selon les législateurs, cette pression a conduit les plateformes à restreindre la liberté d'expression politique légale, en particulier le contenu lié aux opinions conservatrices ou aux débats politiques américains, sous couvert de lutte contre la désinformation et les discours de haine.
Les auteurs républicains du rapport soutiennent que les décisions des plateformes concernant des discussions sur des sujets tels que la pandémie de COVID-19, la migration et l'identité de genre ont été influencées par des fonctionnaires de l'UE plutôt que par des politiques d'entreprise indépendantes. Ils affirment également que les institutions européennes sont intervenues dans des élections dans plusieurs États membres de l'UE et pays voisins entre 2023 et 2025 en se coordonnant avec les régulateurs nationaux, les organisations non gouvernementales et les entreprises technologiques avant les votes.
Ces accusations ont été amplifiées par des personnalités de droite en Europe et par l'entrepreneur technologique Elon Musk, qui a critiqué à plusieurs reprises les règles numériques de l'UE depuis l'acquisition de X, anciennement Twitter. La publication du rapport coïncide avec des tensions accrues suite à une amende de 120 millions d'euros imposée par la Commission européenne à X pour des violations du Règlement sur les services numériques (DSA), notamment des fonctionnalités de conception trompeuses, une faible transparence publicitaire et un accès limité aux données pour les chercheurs.
Bruxelles a catégoriquement rejeté les conclusions du rapport. Des fonctionnaires de la Commission européenne ont qualifié les allégations de sans fondement et de motivées politiquement, insistant sur le fait que la liberté d'expression reste un principe fondamental du droit de l'UE. Les représentants de la Commission ont souligné des données montrant que le DSA a, dans certains cas, renforcé les droits des utilisateurs en permettant de contester et d'annuler les décisions de modération de contenu.
Le DSA, entré en vigueur pour réglementer les grandes plateformes en ligne opérant dans l'UE, se concentre sur les contenus illégaux tels que le racisme, l'incitation à la violence et d'autres violations du droit national. Les juristes soulignent que la législation ne vise pas spécifiquement les idéologies politiques ou les nationalités et s'applique de manière égale aux entreprises européennes et non européennes offrant des services au sein de l'UE.
Les experts rejettent également l'affirmation selon laquelle la loi viserait les Américains ou les voix conservatrices. Au lieu de cela, ils soutiennent qu'elle cherche à réduire les risques systémiques posés par les algorithmes, y compris leur impact potentiel sur les élections et le débat public. Bien que les plateformes étendent parfois les normes de l'UE au niveau mondial par souci de simplicité opérationnelle — un phénomène souvent appelé l'« effet Bruxelles » — les chercheurs notent qu'il s'agit d'un choix commercial plutôt que d'une exigence légale imposée par l'Europe.
Le rapport du Comité judiciaire de la Chambre des représentants n'est pas le premier à présenter la politique numérique de l'UE comme une menace pour la liberté d'expression. Les analystes estiment qu'il s'inscrit dans une campagne plus large menée par le président du comité, Jim Jordan, pour contester la réglementation européenne des entreprises technologiques américaines. Cet effort s'est intensifié au milieu des dynamiques politiques changeantes à Washington et des pressions croissantes sur l'UE concernant la politique commerciale, de sécurité et technologique.
Les critiques du rapport ont également soulevé des préoccupations concernant son ton et sa méthodologie, notant qu'il nomme des fonctionnaires européens individuels et présente des réunions réglementaires de routine comme des efforts de censure secrets. Selon les universitaires familiers de ces réunions, elles ont été annoncées publiquement et axées sur le partage d'informations avant les élections plutôt que sur l'instruction aux plateformes de supprimer des contenus spécifiques.
Alors que le débat sur la portée et l'application du DSA se poursuit, les experts européens affirment qu'assimiler l'ensemble du cadre à de la censure risque de fausser les discussions politiques légitimes. Pour Bruxelles, la controverse souligne un défi plus vaste : équilibrer la coopération avec les États-Unis tout en défendant son autonomie réglementaire et son approche de la gouvernance numérique dans un paysage technologique mondial de plus en plus politisé.
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