L'État acheteur non invité : La mainmise de Lucerne sur l'immobilier devant les tribunaux

Un projet approuvé par les électeurs visant à détourner les transactions immobilières privées se heurte à la réalité juridique.

The State as Uninvited Buyer: Lucerne’s Real Estate Overreach Hits the Courts

Les gouvernements municipaux modernes ont une étrange tendance à considérer les transactions immobilières privées comme des auditions publiques. À Lucerne, ce dépassement administratif a récemment reçu la bénédiction de l'électorat. En juin dernier, les électeurs ont soutenu avec enthousiasme une mesure accordant à la ville un vaste droit de préemption sur l'immobilier local.

La prémisse est d'une simplicité séduisante pour ceux qui croient que l'État est le meilleur propriétaire : chaque fois qu'une propriété privée change de mains, les autorités municipales peuvent s'insérer arbitrairement dans l'accord. À partir de 2027, la ville a l'intention d'intercepter ces ventes, de s'aligner sur le prix d'achat convenu et de diriger les terrains acquis vers des coopératives et des fondations. L'objectif déclaré est, naturellement, la création de logements abordables. La réalité non déclarée est une érosion fondamentale des droits contractuels privés.

Heureusement, le passage d'une mesure populaire à une loi exécutoire n'est pas toujours sans accroc. Damian Hunkeler, président de l'Association des propriétaires de Lucerne, a déposé une plainte auprès du Tribunal cantonal de Lucerne pour faire cesser ce projet. Agissant techniquement en tant qu'individu privé pour simplifier les mécanismes procéduraux, Hunkeler bénéficie du soutien institutionnel complet de son association. Son argument central frappe au cœur de l'ambition de la ville : le gouvernement municipal n'a pas l'autorité statutaire pour exécuter une intervention aussi profonde dans les droits de propriété privée. Le mécanisme n'est pas seulement un inconvénient administratif ; c'est une attaque directe contre la liberté de propriété, déguisée en programme social bienveillant.

Le litige juridique porte sur la question de savoir si une ville peut inventer sa propre autorité pour détourner le commerce privé. L'exécutif municipal de Lucerne s'appuie fortement sur la loi cantonale concernant la promotion du logement et de l'accession à la propriété, arguant que l'interception des ventes privées constitue une méthode indirecte de promotion du développement résidentiel. Ils invoquent également le principe sacré suisse de l'autonomie municipale pour justifier leur intervention sur le marché. Hunkeler et les propriétaires rétorquent que ce fondement juridique est extrêmement fragile. La loi cantonale, affirment-ils, ne fournit absolument aucune base explicite pour qu'une ville s'octroie un droit de préemption général.

L'image de l'attaque en justice contre un vote populaire est toujours délicate en Suisse, un pays où la démocratie directe est souvent traitée avec une révérence religieuse. Pourtant, un système étatique sain exige que même la majorité doive opérer dans les limites du droit établi. Hunkeler a clairement indiqué que son objection ne porte pas sur le processus démocratique lui-même, mais sur l'exécution d'un mandat qui manque d'un ancrage statutaire solide. Un vote majoritaire ne peut pas magiquement faire apparaître une compétence juridique là où il n'y en a pas.

Le Tribunal cantonal de Lucerne doit maintenant déterminer si l'enthousiasme politique local peut l'emporter sur les garanties constitutionnelles de propriété. Si la ville l'emporte, cela créera un précédent inquiétant pour les marchés immobiliers de la région, signalant que toute transaction privée est soumise à un veto municipal, à condition que le gouvernement local promette de construire des appartements moins chers. La décision testera si le cadre juridique suisse protège toujours l'individu contre la collectivité, ou si la propriété privée n'est qu'un bail temporaire soumis aux caprices du prochain scrutin municipal.

Écrit par Sandy van Dongen

sandy.vandongen@alpineweekly.com