
L'ouverture des Balkans par l'UE : un nouvel élan ou juste un nouvel emballage ?
Lors d'un sommet au Monténégro, les responsables ont célébré les progrès de l'élargissement. Mais derrière la rhétorique optimiste, d'anciens problèmes et de nouvelles pressions géopolitiques révèlent une réalité plus complexe.

Depuis un hôtel luxueux sur la côte monténégrine, l'Union européenne a une fois de plus déclaré que son processus d'élargissement connaissait un réel élan. Le président du Conseil européen, António Costa, s'exprimant lors du sommet UE-Balkans occidentaux, a exprimé sa confiance que l'expansion longtemps bloquée dans la région était de nouveau sur la bonne voie. On pourrait être pardonné d'avoir un sentiment de déjà-vu. Pendant deux décennies, l'adhésion des Balkans a été une histoire de délais non respectés et de promesses non tenues. Cette fois-ci est-elle différente ?
La cause immédiate de cet optimisme vient de la décision de la Hongrie de lever son veto à l'ouverture de négociations formelles d'adhésion avec l'Ukraine et la Moldavie. Cette décision a certainement amélioré l'ambiance à Bruxelles, permettant à M. Costa de revendiquer une victoire sur ce qu'il considérait comme du chantage de la part de Budapest. L'Ukraine devrait maintenant entamer la première série de négociations ce mois-ci. Les détails de l'accord conclu entre Kyiv et Budapest concernant les droits de la minorité hongroise restent opportunément vagues, mais pour l'instant, le processus avance.
Pour démontrer que l'élargissement n'est pas simplement une réaction géopolitique à la guerre à l'Est, l'UE peut se référer au Monténégro. Ce petit membre de l'OTAN, pro-européen, est fermement en passe d'adhérer en 2028. Son admission serait une affaire relativement simple, une victoire politique facile pour Bruxelles afin de signaler que la porte n'est, en fait, pas fermée. Comme l'a dit le Premier ministre monténégrin, son pays est le « cookie des Balkans » — un échantillon tentant pour encourager l'appétit pour plus.
Mais le plat principal reste semé d'embûches. Le cas de la Serbie souligne les défis profonds que les proclamations d'élan ne peuvent effacer. Le président Aleksandar Vučić continue son délicat exercice d'équilibriste entre l'UE, la Chine et la Russie, une politique qui commence à lasser dans les capitales occidentales. Le chancelier allemand Merz a déclaré clairement que « la Serbie doit clairement définir où ce pays voit son avenir. » Le pays n'a pas ouvert un seul nouveau chapitre de négociation depuis 2021, la Commission citant de graves reculs en matière d'indépendance judiciaire et de liberté des médias. Bruxelles sait qu'elle ne peut ignorer la Serbie en raison de sa taille et de sa position stratégique, mais elle n'a pas non plus de levier efficace pour imposer une décision.
Face à cette impasse, une nouvelle philosophie semble prendre forme. M. Costa a reconnu que le processus d'adhésion devait être simplifié. Cela fait écho à une proposition franco-allemande pour une « intégration graduelle plus structurée ». Le concept est simple : les pays candidats débloqueraient l'accès à certaines parties du marché unique et à d'autres avantages de l'UE à mesure qu'ils achèvent des réformes, plutôt que d'attendre l'adhésion pleine et entière. C'est une vision pragmate, bien que moins inspirante. Il est intéressant de noter qu'Edi Rama, le Premier ministre albanais, et Aleksandar Vučić, le président serbe, ont eux-mêmes évoqué une idée similaire, suggérant qu'ils pourraient échanger les droits de pleine adhésion contre une place plus rapide à la table.
Pendant ce temps, la politique locale continue de présenter ses propres défis. En Albanie, le Premier ministre Rama est accaparé par la défense d'un projet de complexe de luxe lié à la famille Kushner-Trump, qui a suscité des protestations. Il rejette l'opposition comme une « attaque hybride » alimentée par l'antisémitisme et des puissances étrangères hostiles. De tels épisodes rappellent que si Bruxelles débat de l'architecture institutionnelle, les pays candidats sont aux prises avec des réalités nationales complexes, souvent chaotiques.
La relance de l'élargissement est indéniable, mais son moteur est la géopolitique pure, non pas un élan soudain de zèle réformateur dans les Balkans ou une efficacité bureaucratique à Bruxelles. Les règles du jeu changent parce que les anciennes ont échoué. Le Monténégro est peut-être une réussite bienvenue, mais c'est l'exception. Le problème fondamental de l'intégration d'un pays comme la Serbie, qui refuse de choisir son camp, reste entièrement non résolu.
Écrit par Sandy van Dongen
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