
Gaz lacrymogène et clés de sol : les priorités brisées de la France exposées à Paris
Lorsque la police cible un orchestre prônant la décroissance et jouant des bandes-son hollywoodiennes, cela révèle un État en difficulté avec ses devoirs fondamentaux.
Par Freya Stensrud

Le spectacle qui se déroulait sur la Place de la République à Paris portait toutes les marques de la vie publique française moderne : un orchestre anticapitaliste interprétant des thèmes de blockbusters hollywoodiens, entouré d'une dense brume de gaz lacrymogène déployé par les forces de sécurité de l'État. L'Orchestre du Nouveau Monde, un ensemble fondé en 2022 qui mêle musique classique et activisme de gauche radicale, avait réuni entre 400 et 500 musiciens pour un rassemblement étudiant et syndical. Ce qui devait être un prologue musical à une journée de protestation sociale a rapidement dégénéré en tumulte lorsque la police anti-émeute a ciblé les cuivres et les cordes.
Pendant vingt minutes, des grenades lacrymogènes de la police ont plu sur les pupitres et les étuis de contrebasses, déclenchant de petits feux que de jeunes musiciens ont dû éteindre. Le chef d'orchestre du groupe, Étienne Jarrier, vingt-cinq ans, avait explicitement informé les forces de sécurité de leur performance pacifique au préalable. Pourtant, alors que l'appareil sécuritaire français semble souvent étonnamment impuissant face aux pillards et incendiaires violents, sa police anti-émeute n'a montré aucune hésitation à disperser les violoncellistes et les instrumentistes à vent.
L'orchestre lui-même représente une forme unique et contemporaine de théâtre militant français. Explicitement antiraciste, féministe, écologiste et engagé dans la décroissance économique, ce collectif de bénévoles vise à dépouiller la musique classique de ce qu'il considère comme un public trop traditionnel et bourgeois. Il propose à la place un répertoire allant des hymnes révolutionnaires historiques à la bande originale du film Avengers de Marvel. Qu'un groupe prônant la décroissance économique s'appuie sur la propriété intellectuelle de conglomérats mondiaux du divertissement pour mobiliser la jeunesse est une ironie typique de la gauche urbaine moderne.
Cet affrontement dans la capitale met en lumière un schéma familier dans la France contemporaine. Fortement endettée, politiquement tendue et incapable de fournir des services publics efficaces, l'administration s'appuie de plus en plus sur des tactiques policières rigides plutôt que sur des solutions politiques. Lorsque les forces de sécurité lancent des gaz lacrymogènes sur des musiciens pacifiques tandis que la destruction de biens publics ailleurs reste impunie, cela reflète un appareil d'État autoritaire qui peine avec ses propres priorités.
Ni la préfecture de police de Paris ni le ministère de la Défense n'ont répondu aux demandes de renseignements concernant l'incident. Dans un pays aux prises avec la stagnation économique et un profond mécontentement civique, l'image d'un ensemble amateur contraint de former des chaînes humaines pour protéger ses contrebasses reste un portrait révélateur de l'ordre public français.
Écrit par Freya Stensrud freya.stensrud@alpineweekly.com




