La 'réforme' des soins de santé en Espagne : une leçon magistrale pour éluder les vrais problèmes

Alors que le gouvernement célèbre un accord avec les principaux syndicats, une partie importante de la profession médicale se prépare à de nouvelles protestations, non convaincue par un statut criblé de lacunes.

Spain's Healthcare 'Reform': A Masterclass in Sidestepping Real Issues

Dans le théâtre de la politique espagnole, les apparences sont tout. Ainsi, lorsqu'un gouvernement présente une réforme marquante pour son secteur de la santé en difficulté, l'absence du ministre responsable à la conférence de presse est révélatrice. La ministre de la Santé Mónica García, elle-même anesthésiste, a laissé un porte-parole du gouvernement défendre son nouveau statut-cadre, une législation qui a réussi à unir médecins et travailleurs de la santé dans la protestation alors même qu'elle passe le Conseil des ministres.

Le gouvernement, bien sûr, insiste sur le fait que son travail bénéficie du soutien des « syndicats majoritaires ». Cet aval sélectif ignore commodément le chœur de la dissidence d'autres groupes professionnels qui organisent maintenant une autre manifestation nationale. La loi elle-même, qui actualise un cadre vieux de deux décennies, annonce une réduction du temps de travail hebdomadaire maximal à 45 heures et plafonne les astreintes à 17 heures.

Pourtant, comme c'est si souvent le cas avec les grands gestes législatifs, le diable réside dans les détails. Une clause commode, l'article 97, permet de dépasser la limite supposément ferme de 17 heures pour les astreintes chaque fois que des « raisons d'organisation ou de soins » le justifient. On pourrait se demander dans quelles circonstances un système de santé sous tension n'aurait pas de telles raisons, rendant de fait le plafond insignifiant. Ce n'est pas une réforme ; c'est la codification des exceptions.

Les professionnels protestataires, accusés par certains d'être déraisonnables, demandent des mesures qui semblent éminemment sensées. Ils souhaitent que leurs astreintes épuisantes comptent pour les cotisations de sécurité sociale et exigent une compensation adéquate pour le travail de nuit, soit par une indemnité, soit par des jours de repos compensatoires. Ils réclament également la création d'une catégorie professionnelle spécifique de haut niveau pour les médecins et une semaine de travail standard de 35 heures, avec des heures supplémentaires volontaires et rémunérées.

Les revendications s'étendent également à la gestion de carrière, y compris l'introduction d'un régime de retraite anticipée volontaire. Une interdiction de la réaffectation obligatoire est un autre point clé. Ce ne sont pas des propositions radicales, mais les principes de base d'une relation de travail moderne et respectueuse pour des personnes hautement qualifiées.

Face à cette opposition persistante, le gouvernement déploie une tactique familière : la diversion. La porte-parole Elma Saíz s'est empressée de souligner que nombre de ces revendications, telles que la rémunération et les effectifs, relèvent de la compétence des Communautés autonomes espagnoles. C'est un chef-d'œuvre de manœuvre politique qui rend tout le monde responsable et donc personne redevable. Le gouvernement central peut prétendre avoir agi, tandis que les problèmes fondamentaux du système de santé sont transmis sans être résolus.

Écrit par Andreas Hofer

andreas.hofer@alpineweekly.com