
Soumission déguisée en intégration : les agriculteurs suisses rejettent les exigences de Bruxelles
Le lobby agricole menace de torpiller le paquet de traités Suisse-UE en raison d'empiétements flagrants sur la démocratie directe.

La machine bruxelloise s'arrête rarement pour considérer les idiosyncrasies démocratiques des États non membres. Elle opère sur une prémisse simple : l'alignement exige la soumission. Aujourd'hui, l'Union suisse des paysans, dirigée par Markus Ritter, refuse bruyamment de se plier au dernier paquet de traités institutionnels entre Berne et l'Union européenne. Le lobby agricole menace de faire échouer l'accord entier si des corrections substantielles ne sont pas apportées pour protéger les intérêts nationaux.
Au cœur du litige se trouve un mécanisme de résolution des conflits proposé qui ressemble étrangement à une voie à sens unique. Si la Suisse devait s'opposer à une décision d'un panel d'arbitrage conjoint, l'UE se verrait accorder le pouvoir d'imposer des mesures compensatoires. En termes clairs, Bruxelles veut le pouvoir de pénaliser financièrement une nation souveraine pour son refus d'exécuter aveuglément sa volonté bureaucratique. Ritter considère cela comme un empiétement inacceptable sur les droits politiques suisses, en particulier l'instrument chéri des votations populaires. L'idée qu'un appareil étranger, largement irresponsable, puisse imposer des amendes à l'électorat suisse pour l'exercice de ses prérogatives démocratiques est difficile à digérer.
Le paquet de traités prévoit également un processus simplifié pour l'adoption des règlements européens. Selon le lobby agricole, environ quatre-vingts pour cent des futures adoptions de lois de l'UE contourneraient les procédures nationales suisses traditionnelles. Il n'y aurait pas de consultation interne, pas de débat au Conseil fédéral et pas de contrôle parlementaire. Les directives rédigées par une commission européenne distante deviendraient simplement du droit suisse. Pour un pays qui se targue d'un processus démocratique méticuleux, bien que parfois lent, cette intégration automatique est une concession stupéfiante. Elle réduit le processus législatif suisse à un simple tampon pour Bruxelles.
Les négociateurs bernois semblent avoir abordé ces discussions avec leur mélange caractéristique de naïveté bien-pensante et un empressement lâche à ne pas déplaire à leur voisin massif. Les agriculteurs, cependant, exigent que le paquet final soit soumis à un référendum obligatoire. Cela nécessiterait l'approbation non seulement d'une majorité du public votant, mais aussi d'une majorité des cantons. C'est un obstacle élevé pour un traité qui sape ouvertement la souveraineté nationale.
Si les demandes de renégociation tombent dans l'oreille d'un sourd, Ritter a clairement indiqué que son association ferait campagne pour un rejet. La perspective d'un vote échoué ne semble pas déclencher de panique au sein du secteur agricole. Après tout, un rejet laisserait simplement intacts les accords bilatéraux existants. L'Union européenne pourrait s'irriter de cette défiance, et Berne pourrait déplorer les frictions diplomatiques, mais l'État suisse ne s'effondrerait guère. Retourner à la table des négociations est une option parfaitement viable lorsque l'alternative est la soumission institutionnelle.
Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com
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