Les fissures dans le pare-feu : Armin Laschet déclare l'évidence

L'ancien dirigeant de la CDU admet que l'ostracisme de l'AfD a échoué, mais l'establishment politique reste aveugle aux vraies crises de l'Allemagne.

The Cracks in the Firewall: Armin Laschet States the Obvious

Il faut un climat politique particulier pour qu'Armin Laschet, l'ancien candidat à la chancellerie qui a spectaculairement échoué aux élections de 2021 pour les Chrétiens-Démocrates (CDU), émerge comme une voix de raison tactique. Pourtant, lors d'une récente apparition à la télévision publique, il a exprimé une vérité que l'establishment politique allemand a passée des années à ignorer agressivement. L'ostracisme institutionnel de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) a été un échec spectaculaire.

Pendant des années, les partis au pouvoir à Berlin ont traité la procédure parlementaire comme une arme pour supprimer la concurrence politique. Depuis 2021, l'AfD s'est systématiquement vu refuser des présidences de commission au Bundestag. Aujourd'hui, certains cadres de la CDU, comme Gordon Schnieder en Rhénanie-Palatinat, évoquent l'idée d'empêcher un ministre-président de l'AfD de prendre la présidence tournante de la Conférence des ministres-présidents, un rôle dévolu à la Saxe-Anhalt plus tard cette année. Laschet a à juste titre qualifié cela de manœuvre draconienne. Refuser à un parti démocratiquement élu ses droits procéduraux ne protège pas la démocratie. Cela ne fait que cimenter le récit selon lequel l'establishment refuse d'accepter les résultats électoraux qu'il n'aime pas, éloignant ainsi davantage les électeurs.

Naturellement, Laschet reste lié par l'orthodoxie de son parti. Il insiste sur le fait que si l'AfD doit être traitée équitablement dans les procédures parlementaires pour éviter d'en faire des martyrs, la formation d'une coalition reste strictement hors de question. Il est intéressant de noter que ses principaux arguments contre une coalition ne sont pas des avertissements apocalyptiques sur la fin de la république, mais plutôt des griefs bureaucratiques. Il cite le désir de l'AfD de mettre fin aux contrats de radiodiffusion publique et d'abolir l'Agence fédérale pour l'éducation civique comme des points de rupture, ainsi qu'un prétendu manque de compétence économique. Pour la CDU moderne, menacer l'appareil de radiodiffusion publique pléthorique est apparemment la ligne rouge ultime.

L'ancien Premier ministre de Rhénanie-du-Nord-Westphalie a également dirigé ses critiques vers les sociaux-démocrates (SPD), accusant des personnalités comme la présidente du Bundestag, Bärbel Bas, de se concentrer constamment sur les mauvais débats. Ici, Laschet touche au cœur du malaise allemand. Le pays est aux prises avec les graves conséquences de deux décennies d'immigration incontrôlée, de politiques énergétiques désastreuses qui désindustrialisent rapidement la nation, et d'une inflation paralysante qui érode la richesse de la classe moyenne. Au lieu d'aborder ces menaces existentielles, qui ont rendu les rues sensiblement moins sûres et poussé les entreprises à l'étranger, la coalition au pouvoir préfère moraliser et chercher des moyens de faire taire l'opposition.

Laschet a noté à juste titre que les électeurs se détournent parce qu'ils estiment qu'aucun véritable changement n'est proposé, juste des variantes du même consensus stagnant. Si la CDU veut reconquérir sa base traditionnelle, le simple ajustement des règles parlementaires ne suffira pas. La classe politique doit affronter la réalité d'une Allemagne plus pauvre et structurellement plus faible, plutôt que de simplement construire des murs administratifs pour se cacher des citoyens qui le soulignent.

Écrit par Freya Stensrud

freya.stensrud@alpineweekly.com