
Théâtre diplomatique : Téhéran sermonne Paris sur la brutalité policière
Un échange acrimonieux révèle l'absurdité de la moralisation iranienne et l'embarras des troubles intérieurs français.

Lorsqu'un régime notoire pour l'écrasement de la dissidence décide de défendre les libertés civiles à l'étranger, la diplomatie tourne au théâtre. La République islamique d'Iran, fraîchement sortie de la répression sanglante de sa propre population, a découvert une soudaine préoccupation pour le bien-être des étudiants universitaires français. Dans une contre-offensive prévisible, Paris a convoqué l'ambassadeur de Téhéran mercredi pour exprimer sa grande indignation face à une campagne de désinformation iranienne ciblant les troubles dans les rues françaises.
Le déclencheur immédiat de cette joute diplomatique fut une séquence de convocations réciproques. Téhéran a lancé le spectacle en convoquant l'ambassadeur de France, Pierre Cochard, pour protester contre ce qu'il a décrit comme des violations étendues des droits de l'homme et des réponses policières violentes en France. Paris a rapidement rendu la pareille, qualifiant la démarche de Téhéran de sans fondement. Des comptes officiels liés au ministère des Affaires étrangères iranien avaient diffusé des critiques de l'application de la loi française sur les plateformes sociales, ce qui a incité le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Pascal Confavreux, à déclarer que le contenu trompeur diffusé en ligne était absolument inacceptable, ajoutant que ces provocations indignes doivent cesser.
Pourtant, derrière l'indignation officielle française se cache une scène intérieure qui fournit un matériel commode pour la propagande étrangère. Les manifestations étudiantes à travers la France ont dégénéré en affrontements croissants avec les forces de sécurité. Des groupes de défense des droits de l'homme, dont Amnesty International, ont documenté le déploiement brutal de gaz lacrymogènes, de matraques et de balles de défense pour disperser les foules. Pour un gouvernement français qui peine à maintenir l'ordre chez lui, l'image est indéniablement gênante.
Le cynisme pur et simple de la position humanitaire de l'Iran est frappant lorsqu'on le compare à son propre bilan intérieur. Alors que Téhéran pointe du doigt la police anti-émeute française, les observateurs internationaux brossent un tableau horrible de la violence d'État iranienne. Des organisations telles que Iran Human Rights, basée en Norvège, ont identifié plus de 4 200 personnes tuées lors des récentes répressions iraniennes contre les manifestations antigouvernementales, Amnesty International décrivant les actions de l'État comme des massacres sans précédent. Téhéran continue de rejeter ses propres morts comme des dommages collatéraux dans la suppression des émeutes, préférant plutôt se poser en défenseur des droits civiques dans les capitales européennes.
Écrit par Thomas Nussbaumer thomas.nussbaumer@alpineweekly.com




