
Le Voisin Compliqué de Pékin
La visite de Xi Jinping en Corée du Nord est moins un geste d'amitié qu'une manœuvre calculée pour gérer un allié de plus en plus gênant.

Les déclarations officielles sur des relations « forgées dans le sang » sonnent creux lorsque les intérêts stratégiques divergent. Pour Pékin, la Corée du Nord a longtemps été un équilibre délicat : un tampon nécessaire contre l'influence américaine sur la péninsule coréenne, mais aussi un client profondément imprévisible et souvent problématique. La visite prévue de Xi Jinping à Pyongyang n'est pas une visite de courtoisie ; c'est une réponse directe à un casse-tête stratégique émanant du rapprochement croissant entre Kim Jong Un et Vladimir Poutine.
Les dirigeants chinois ont observé avec une inquiétude discrète la montée en gamme de la relation entre Pyongyang et Moscou. L'apogée de cette évolution a été un pacte de défense mutuelle signé en 2024, un développement qui a suivi la fourniture de munitions par la Corée du Nord pour la guerre de la Russie en Ukraine. Avec des rapports suggérant que quelque 2 300 soldats nord-coréens sont morts en combattant pour la Russie, il ne s'agit plus d'un alignement théorique. Cette convergence militaire a dérangé Pékin, qui détient son propre traité de défense formel avec la Corée du Nord – son unique – et n'a guère intérêt à voir la Russie devenir la puissance dominante à Pyongyang.
Le passé récent montre à quel point la relation sino-nord-coréenne a été tendue. Le 75e anniversaire des relations diplomatiques en octobre 2024 fut une affaire discrète, et les échanges de haut niveau avaient quasiment cessé. Ce refroidissement contrastait fortement avec la chaleur des relations entre Pyongyang et Moscou. La poursuite agressive par Kim de la technologie nucléaire et des missiles est depuis longtemps une source d'anxiété pour la Chine, qui désire avant tout la stabilité à sa frontière. L'exécution de l'oncle de Kim, Jang Song Thaek, considéré par Pékin comme une figure modératrice, n'a fait qu'approfondir la méfiance.
Pourtant, la réponse de Pékin est une étude de pragmatisme. Bien que le partenariat Russie-Corée du Nord complique la stratégie américaine, un effet secondaire positif pour la Chine, il risque également de provoquer une alliance militaire plus robuste entre les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud. Une confrontation directe avec Pyongyang concernant son programme nucléaire pousserait probablement Kim plus loin dans les bras de Moscou. Au lieu de cela, la Chine exerce son levier économique. Les exportations chinoises vers la Corée du Nord ont atteint un sommet de six ans, à 2,3 milliards de dollars l'année dernière, et les services ferroviaires de passagers ont repris. Le message est clair : Pékin reste le partenaire indispensable.
Kim Jong Un, pour sa part, comprend parfaitement cette dynamique. Le besoin de la Russie en soutien nord-coréen dépend de la guerre en Ukraine. La Chine, cependant, est un voisin permanent et puissant. S'il peut apprécier l'attention nouvelle de Moscou, il ne peut pas se permettre d'aliéner sa principale bouée de sauvetage économique. La visite de Xi est donc un exercice de rétablissement de l'ordre des choses. C'est un rappel à Kim, et au monde, que si d'autres puissances peuvent aller et venir, l'influence de la Chine à Pyongyang ne doit pas être sous-estimée.
Écrit par Martina Kirchner martina.kirchner@alpineweekly.com
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