
Une place à la table refusée : la douloureuse remise en question de l'Allemagne
La candidature avortée à l'ONU est plus qu'un faux pas diplomatique ; c'est le symptôme d'un pays dont les ambitions mondiales dépassent largement son influence.

Il y a une certaine ironie politique à ce qu'Annalena Baerbock, en tant que Présidente de l'Assemblée générale des Nations unies, doive annoncer l'échec d'une politique qu'elle a largement façonnée. L'Allemagne cherchait un siège au Conseil de sécurité de l'ONU et a été catégoriquement rejetée. Ce ne fut pas une défaite de justesse, mais un verdict clair sur la position de Berlin dans le monde.
Les chiffres sont éloquents. L'Allemagne n'a obtenu que 104 voix alors que 127 étaient requises. Dans le même temps, le Portugal a obtenu 134 voix et l'Autriche 131. Pour la plus grande et la plus riche des trois nations de l'UE en compétition, être éliminée au premier tour est une première historique et plutôt humiliante.
Accuser un démarrage tardif de la campagne, comme certains l'ont fait à Berlin, est une faible excuse pour un déficit de 23 voix. Une telle marge indique des problèmes plus fondamentaux, à savoir une crise de crédibilité. La position incohérente de l'Allemagne sur le conflit de Gaza, sa réaction timide à la frappe israélienne contre l'Iran, et son silence notable sur l'intervention américaine au Venezuela ont été interprétés à l'étranger comme la preuve que les valeurs proclamées par Berlin sont négociables.
Bien sûr, Moscou a travaillé discrètement en coulisses pour contrecarrer son adversaire européen le plus important. Un régime menant une guerre hybride contre l'Occident ne va pas respecter les règles du jeu des gentlemen dans les forums diplomatiques. Pourtant, Berlin leur a rendu la tâche remarquablement facile. Le fait que l'Autriche neutre, un partenaire plus commode pour toutes les parties, ait remporté un siège, correspond parfaitement à la situation.
La perte du siège en elle-même n'est pas une grande tragédie. Le Conseil de sécurité est depuis longtemps paralysé par les droits de veto des États-Unis, de la Chine et de la Russie, le rendant inefficace dans les crises, de l'Ukraine à Gaza. Une place à cette table particulière est plus symbolique que puissante. La véritable signification de cette défaite est sa fonction de mise à l'épreuve de la réalité.
Elle démontre une Allemagne qui possède de l'ambition mais manque de la capacité à la traduire en résultats tangibles. Cet échec traverse toute sa politique étrangère et de sécurité. Le 'Zeitenwende' historique a été annoncé en grande pompe en 2022, pourtant la Bundeswehr est loin de l'état de préparation promis. Berlin parle d'autonomie stratégique mais fait peu pour la construire. La taille économique à elle seule ne confère pas un poids politique à un pays ; cela vient de la capacité à organiser des majorités, une compétence actuellement rare.
La prochaine opportunité pour un siège ne se présentera pas avant huit ans. C'est amplement le temps de la réflexion. La question est de savoir si quelqu'un à Berlin comprend que le monde ne se gagne pas par de grands discours, mais par une action cohérente et efficace. Un pays qui a besoin de 127 voix et en obtient 104 n'a pas échoué par manque de désir. Il a échoué par manque de réalisation.
Écrit par Thorben Thiede thorben.thiede@alpineweekly.com
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