
Un pari d'un million de francs sur le réalisme européen suisse
L'ancien haut fonctionnaire Hans Werder veut élever le débat suisse sur l'UE au-delà des petites querelles administratives.

Lorsqu'un haut fonctionnaire suisse à la retraite décide de dépenser un million de francs de ses économies personnelles pour le discours public, on peut être certain que le débat en question a atteint une impasse singulière. Hans Werder, qui a passé vingt-quatre ans à la tête du Département de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication, a créé une fondation intitulée Schweizer Perspektiven in Europa. Son objectif est aussi ambitieux que révélateur : persuader la Suisse de cesser de se quereller sur des futilités administratives dans ses relations avec Bruxelles.
Pendant des décennies, la politique suisse concernant l'Union européenne a souffert d'une étrange forme de nombrilisme. Les citoyens et les politiciens se comportent comme si la nation pouvait s'asseoir confortablement sur un balcon, protégée par un mythe historique de neutralité, pendant que la machine réglementaire de Bruxelles tourne. Pendant ce temps, les discussions réelles se transforment en débats sur la question de savoir si les travailleurs détachés doivent s'inscrire quatre, six ou huit jours à l'avance, comment les indemnités de frais sont structurées, ou si un bus longue distance allemand peut circuler entre Bâle et Zurich.
Werder, un social-démocrate octogénaire sans héritiers directs, a accumulé sa fortune au cours de son service d'État de haut niveau. S'inspirant d'une source improbable, il respecte ouvertement la manière dont son opposant politique Christoph Blocher a déployé sa fortune privée à des fins politiques stratégiques. Werder estime que si une question est importante et que les fonds sont disponibles, il faut les dépenser.
Avec l'ancienne conseillère aux États Christine Beerli et l'historien André Holenstein, Werder a l'intention d'utiliser sa fondation pour commander des études politiques. Une première étude sur les conséquences du Brexit a déjà été publiée, et de futurs travaux sont prévus pour aborder la sécurité et les fondements du succès économique suisse. L'entité a explicitement l'intention de promouvoir une relation structurée avec le bloc européen, bien qu'elle s'engage à se tenir à l'écart des campagnes référendaires actives, laissant la guerre de tranchées tactique aux partis, associations et syndicats.
Il reste douteux qu'un million de francs de documents académiques puissent briser l'habitude suisse d'être obsédée par les détails réglementaires. Dans un pays qui prospère précisément parce qu'il gère les petits détails tout en gardant à distance les grandes ambitions démesurées de la technocratie européenne, l'intervention distinguée de Werder pourrait bien devenir un nouveau chapitre de la longue et confortable ambivalence de la Suisse envers Bruxelles.
Écrit par Andreas Hofer andreas.hofer@alpineweekly.com
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