
L'obsession de Zurich pour les échafaudages à 45 millions de francs
Un projet commercial retardé et des rénovations incessantes mettent en lumière les défis de la reconstruction du centre de transport le plus fréquenté de Suisse.

Les visiteurs arrivant dans la capitale financière de la Suisse pourraient être pardonnés de penser que l'industrie principale de la ville est l'échafaudage. La gare centrale de Zurich, un mastodonte du transport traitant un demi-million de passagers par jour, fonctionne effectivement comme un chantier de construction perpétuel depuis bien plus d'une décennie. C'est un monument à l'économie saine et prospère du pays : un projet d'infrastructure qui ne se termine tout simplement jamais. Le dernier bénéficiaire de cette envie incessante de rénover est l'Aile Nord de la gare, un projet qui représente un budget de 45 millions de francs suisses.
L'objectif est ostensiblement l'harmonie esthétique et commerciale. L'Aile Nord est méticuleusement rénovée pour refléter l'Aile Sud, récemment peaufinée. Une fois la poussière retombée, un vaste magasin phare Nike devrait occuper l'espace commercial de premier choix. Pourtant, même dans une nation mondialement stéréotypée pour sa ponctualité et sa précision, la réalité s'immisce parfois. L'ouverture a déjà subi deux reports, le grand dévoilement étant désormais repoussé à 2027. On pourrait considérer ce léger retard comme un modeste échec du système étatique habituellement robuste, ou peut-être simplement le frottement inévitable de la tentative de reconstruire une machine alors que ses engrenages tournent encore à vitesse maximale.
Gérer ce ballet logistique n'est pas une mince affaire. Les Chemins de fer fédéraux suisses doivent maintenir les trains en circulation et les caisses des magasins en marche tandis que de lourdes machines démolissent la maçonnerie. Sigrid Wittl, la cheffe de projet pour la rénovation de l'Aile Nord, a officiellement noté que l'exécution de ces modifications pendant les opérations en cours est extrêmement exigeante, car l'installation doit gérer à la fois les perturbations de la construction et le travail administratif régulier. Cet écosystème délicat comprend les cantines du personnel, le personnel ferroviaire, les nettoyeurs et la police cantonale, tous opérant sous le même toit qui est simultanément démantelé et réparé.
Cette entreprise actuelle de 45 millions de francs n'est qu'un front dans une guerre bien plus vaste contre la stagnation architecturale. Depuis l'ouverture de la Liaison traversante et de la gare souterraine de la Löwenstrasse il y a douze ans, accélérant l'axe ferroviaire est-ouest, les marteaux-piqueurs n'ont guère cessé. La ville et les chemins de fer partagent le fardeau de ce bricolage incessant. Sous terre, la Sihltal-Zuerich-Uetliberg-Bahn étend son empreinte souterraine. En surface, les voies de tramway du Bahnhofquai sont arrachées et rendues sans obstacle. Et parce qu'une nation riche doit toujours avoir sa prochaine croisade infrastructurelle en préparation, les urbanistes se préparent déjà à rénover le toit du hall principal. Pour le demi-million de navetteurs naviguant dans ce labyrinthe quotidien, le message est clair : l'État suisse fonctionne à merveille, à condition que la poussière sur votre costume sur mesure ne vous dérange pas.
Écrit par Christiane Hofreiter christiane.hofreiter@alpineweekly.com
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