
L'illusion du boom de la Medtech suisse
Des revenus records masquent un exode croissant d'emplois et de capitaux de Suisse.

Sur le papier, l'industrie suisse des technologies médicales semble invincible. Un chiffre d'affaires record de 26 milliards de francs suisses en 2025 et un excédent commercial dépassant les 5 milliards de francs suggèrent un secteur en excellente condition. Pourtant, sous ces chiffres confortables, le fondement de la fierté industrielle de la Suisse se fissure.
L'annonce de Zimmer Biomet a sonné comme une rude prise de conscience. Le fabricant de prothèses articulaires prévoit de supprimer jusqu'à 580 de ses 730 postes sur son site de Winterthour. Pour un secteur employant environ 72 000 personnes dans 1 400 entreprises, une réduction aussi drastique n'est pas une anomalie statistique. Elle confirme ce que Swiss Medtech, l'association industrielle, a rapporté dans sa dernière évaluation biennale : la création nette d'emplois a chuté à seulement 200 postes, une fraction de la moyenne décennale de 1 500.
Plus alarmant encore est le gel des capitaux. Un pourcentage sans précédent de 43 % des entreprises interrogées ne prévoit aucun investissement intérieur. Adrian Hunn, directeur de Swiss Medtech, a fait remarquer que les investissements sont les emplois de demain. Lorsque près de la moitié du secteur refuse d'engager de nouveaux capitaux, l'avenir s'annonce résolument sombre. Damian Müller, président de Swiss Medtech et conseiller aux États du PLR, a fait écho à cette préoccupation, qualifiant les suppressions de postes prévues à Winterthour d'extrêmement préoccupantes.
Les causes de ce recul sont prévisibles. Un franc constamment fort rend les exportations suisses coûteuses, tandis que les coûts de main-d'œuvre nationaux et les charges administratives pèsent sur les marges. Cependant, les dommages structurels sont plus profonds, exacerbés par les barrières commerciales et les frictions réglementaires. Depuis 2021, lorsque la reconnaissance mutuelle des certifications de dispositifs médicaux avec l'Union européenne a expiré, les fabricants suisses ont été contraints de naviguer dans un labyrinthe de double bureaucratie. Cette unique barrière administrative draine entre 150 et 200 millions de francs annuellement des entreprises suisses.
Face à des impôts intérieurs élevés, des obstacles administratifs et des tarifs douaniers américains, les entreprises agissent rationnellement en se délocalisant. Des entreprises comme Ypsomed, basée à Berthoud et dirigée par Simon Michel, étendent leur production à l'étranger—en Allemagne, en Chine et bientôt aux États-Unis—pour rester proches de leurs principaux clients pharmaceutiques.
Si la Suisse veut conserver sa production de haute technologie, sa direction politique ne peut pas se fier à son prestige passé. Les représentants de l'industrie appellent désormais à la déréglementation, à une réduction des charges fiscales et à une reconnaissance unilatérale des agréments médicaux américains pour restaurer la compétitivité. Sans une réduction rapide de la bureaucratie nationale, la Suisse risque de voir ses exportateurs les plus rentables délocaliser progressivement leur avenir ailleurs.
Écrit par Andreas Hofer andreas.hofer@alpineweekly.com




