Des chercheurs norvégiens appellent à une pause du prix Nobel de la paix en raison de la pression de Trump

Des universitaires en résolution de conflits basés à Oslo avertissent que la distinction est devenue une charge géopolitique alors que Donald Trump réclame ouvertement une reconnaissance

Gold medal featuring a profiled head in an open purple velvet box on wood.

Des chercheurs norvégiens spécialisés dans les conflits appellent à une pause sans précédent dans la remise du prix Nobel de la paix, avertissant que le climat géopolitique actuel a transformé cette prestigieuse distinction d'un symbole d'autorité morale en un potentiel point de discorde diplomatique.

Cet appel survient au milieu d'une nouvelle controverse entourant le président américain Donald Trump, qui a maintes fois affirmé mériter le prix de la paix pour ce qu'il décrit comme d'importantes résolutions de conflits réalisées depuis son retour au pouvoir. Trump s'est publiquement plaint que la Norvège, un allié de l'OTAN qui se présente comme une « nation de paix », lui aurait délibérément refusé la distinction. Il aurait soulevé la question directement avec le Premier ministre Jonas Gahr Støre, malgré l'insistance du gouvernement sur le fait qu'il n'a aucune influence sur les décisions du Comité Nobel.

Dans un article d'opinion publié dans le quotidien norvégien Aftenposten, les universitaires Kjetil Tronvoll et Henrik Wiig, basés à Oslo, affirment que le prix de la paix est de plus en plus exposé aux représailles des États puissants. Ce qui était autrefois une forme de « soft power » norvégien, disent-ils, risque désormais de devenir une préoccupation sécuritaire. Leur proposition est directe : suspendre le prix jusqu'à ce que Trump quitte la Maison Blanche.

Les chercheurs reconnaissent que le Comité Nobel doit trouver un équilibre délicat. Honorer Trump, affirment-ils, nuirait gravement à la crédibilité du prix, tandis que le lui refuser risquerait de provoquer un leader imprévisible qui a montré une volonté d'utiliser le commerce et la diplomatie pour des griefs personnels. Selon les universitaires, des décisions récentes suggèrent que le comité a eu du mal à évaluer les risques politiques par le passé.

Ils citent le prix de 2009 décerné à Barack Obama, attribué au début de sa présidence avant que des réalisations concrètes en matière de paix ne se soient matérialisées, et le prix de 2019 décerné au Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed. Quelques mois après avoir reçu cette distinction, Ahmed a lancé une offensive militaire dans la région du Tigré, qui a entraîné de nombreuses victimes civiles. Dans les deux cas, les chercheurs affirment que le comité a sous-estimé la rapidité avec laquelle les réalités politiques peuvent changer.

Les tensions actuelles, disent-ils, illustrent le peu d'isolation dont dispose réellement le Comité Nobel face à la politique de puissance mondiale. Bien que formellement indépendant, l'organisme est nommé par le parlement norvégien et reflète l'équilibre politique de la législature. Ses membres comprennent d'anciens politiciens et experts, une structure qui a longtemps exposé le comité à des pressions externes.

L'expérience passée de la Norvège avec la Chine est fréquemment citée comme un avertissement. Lorsque le dissident emprisonné Liu Xiaobo a reçu le prix de la paix en 2010, Pékin a réagi par des années de gel diplomatique et de pression économique, ciblant particulièrement les exportations norvégiennes de fruits de mer. L'impasse n'a pris fin qu'après que la Norvège a publié une déclaration officielle reconnaissant que le prix avait endommagé les relations et s'engageant à ne pas contester les « intérêts fondamentaux » de la Chine à l'avenir.

Tronvoll et Wiig avertissent qu'une confrontation similaire avec les États-Unis pourrait avoir des conséquences encore plus graves. Ils soutiennent que Trump, s'il est à nouveau ignoré, pourrait réagir par des mesures punitives telles que des tarifs douaniers, transformant le prix Nobel en un déclencheur de représailles économiques.

C'est pourquoi, disent les universitaires, ils ont refusé de nommer un candidat cette année et exhortent le comité à envisager de faire de même. Une pause temporaire, affirment-ils, permettrait de gagner du temps pour la réflexion et la réforme, tout en retirant le prix d'une équation géopolitique de plus en plus volatile.

Il reste incertain si le Comité Nobel envisagera sérieusement de suspendre le prix. Mais le débat lui-même met en lumière une préoccupation croissante à Oslo : à l'ère de la diplomatie transactionnelle et du pouvoir personnalisé, même le prix de la paix le plus prestigieux du monde pourrait ne plus être à l'abri des pressions politiques.

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