Le Parlement suisse refuse l'assurance maladie pour les détenus étrangers – Les contribuables continueront de payer

Le Conseil des États a rejeté une proposition visant à exiger des détenus sans résidence suisse qu'ils souscrivent à une couverture maladie obligatoire. Les opposants ont soutenu que les primes seraient impossibles à percevoir.

Les détenus étrangers dans les prisons suisses ne seront pas tenus d'avoir une assurance maladie. Le Conseil des États – la chambre haute du parlement suisse – a rejeté une proposition qui aurait étendu la couverture obligatoire aux prisonniers sans résidence suisse. Pour l'instant, les contribuables continueront de couvrir leurs frais médicaux.

Actuellement, environ un tiers des détenus des prisons suisses – environ 2 300 personnes – ne sont pas tenus d'avoir une assurance maladie. Pourtant, ils ont toujours droit aux soins médicaux. Les cantons supportent ces coûts. Mais selon Karin Kayser-Frutschi, présidente de la Conférence des directeurs cantonaux de justice, il est souvent difficile de savoir qui est responsable dans des cas spécifiques et comment les coûts doivent être traités. Différentes autorités – départements de justice, offices de santé, services sociaux – finissent souvent par partager la facture. Une réglementation uniforme en vertu de la loi sur l'assurance maladie forcerait tous les cantons à suivre les mêmes règles, a-t-elle soutenu.

La Conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider, ministre de la santé, a soutenu la proposition au nom du gouvernement. Elle a tenté de convaincre le Conseil des États que l'extension de l'assurance obligatoire à tous les détenus assurerait un traitement égal pour les prisonniers sans domicile fixe, comme l'exige la constitution suisse. Ils paieraient également leurs propres primes.

Personne ne lui est venu en aide. Même la gauche de la chambre n'a pas jugé opportun de se prononcer en faveur.

La Conseillère du Centre, Brigitte Häberli-Koller, a exposé les arguments contre le changement. « Ces personnes se trouvent en Suisse uniquement en raison de leur emprisonnement. Elles n'ont ni l'intention ni la perspective de s'y établir. » La perception des primes serait presque impossible, a-t-elle fait valoir, car les délinquants sans résidence fixe en Suisse ne seraient généralement assurés que pour quelques mois. « Si les primes ne sont pas payées, il est pratiquement impossible pour les assureurs de récupérer les créances impayées – surtout si la personne quitte la Suisse après avoir purgé sa peine. »

Les arguments ont convaincu la majorité de centre-droit. Baume-Schneider a subi une défaite claire, bien qu'elle ait d'abord exprimé des regrets quant au manque d'enthousiasme pour le projet. Le Conseil des États a rejeté en peu de temps l'assurance maladie obligatoire pour les prisonniers sans résidence suisse. Le Conseil national – la chambre basse – aura encore son mot à dire.

Pour l'instant, la règle est la suivante : les détenus étrangers n'ont pas besoin d'assurance. Les contribuables continueront de payer. Les cantons continueront de se disputer pour savoir qui doit quoi. Et les assureurs maladie, qui auraient eu du mal à percevoir les primes des prisonniers qui quittent le pays, peuvent souffler. La question n'est pas morte – le Conseil national en débattra prochainement – mais le signal de la chambre haute était sans équivoque. Les prisons suisses ne se transformeront pas de sitôt en agences de recouvrement d'assurance.