
La Solution Conteneur : La Réponse Pragmatique de Lucerne à la Surpopulation Carcérale Sous Surveillance
Les détenus de la première prison-conteneur de longue durée en Suisse signalent des conditions inhumaines, soulevant des questions sur un modèle que d'autres cantons espèrent adopter.

Lorsqu'un État manque de place pour ses prisonniers, la créativité est de mise. En Suisse, un pays qui n'est pas typiquement associé aux solutions improvisées, cela a pris la forme de conteneurs maritimes. L'établissement de Wauwilermoos, dans le canton de Lucerne, est le premier de son genre pour les longues peines, un prototype pour d'autres cantons comme Berne et le Tessin confrontés à des populations carcérales record. C'est une réponse pragmatique, bien que peu inspirée esthétiquement, à un problème urgent. Mais pour ceux qui vivent à l'intérieur, le pragmatisme ressemble beaucoup à de la négligence.
Des rapports d'anciens et actuels détenus, recueillis par SRF Investigativ et relayés par l'organisation de défense des droits humains Humanrights.ch, dressent un tableau sombre. Sept personnes ont déposé une plainte formelle, décrivant la vie dans l'annexe conteneur comme intolérable. Elles parlent d'une absence quasi-totale d'intimité, où même une visite aux toilettes peut être interrompue par l'entrée inopinée d'un gardien. Une seule petite salle commune sert à vingt hommes pour cuisiner, téléphoner et regarder la télévision, ce qui entraîne naturellement des tensions importantes.
Les plaintes vont au-delà des frictions sociales. Les cellules seraient humides de condensation, et le bruit et la lumière filtrent à travers les interstices sous les portes. L'eau chaude est apparemment un luxe qui n'est pas toujours disponible pour tous. Ce ne sont pas les conditions que l'on associe à un pays qui se targue d'ordre et de qualité. Pour les détenus en régime de détention ouverte, théoriquement la dernière étape avant la réintégration dans la société, l'environnement est décrit comme contre-productif. Plusieurs ont déclaré préférer retourner dans une prison fermée plutôt que de vivre dans le conteneur.
L'administration, comme à son habitude, a répondu par un mélange de reconnaissance et de dénégation. La commission de surveillance des prisons n'a initialement trouvé aucune preuve de « déficiences systématiques », bien que son président ait concédé par la suite que certains problèmes étaient connus et d'autres nouveaux. Le Département de la Justice du canton de Lucerne insiste sur son engagement envers une détention humaine. Il souligne l'installation de téléphones supplémentaires, une nouvelle politique d'extinction des lumières des pavillons la nuit, et une solution au problème de condensation qui n'est apparu commodément qu'en hiver. Quant au manque d'eau chaude, la faute est imputée aux détenus qui prennent des douches trop longues. Les toilettes ouvertes sont admises comme non optimales, et une solution serait soi-disant recherchée.
Cette réponse bureaucratique ne satisfait guère les experts juridiques. Thierry Urwyler, professeur de droit pénal, suggère que l'accumulation de ces lacunes pourrait franchir la ligne du traitement inhumain, en particulier pour les hommes purgeant de longues peines. La Cour européenne des droits de l'homme a déjà censuré la Suisse sur des questions liées à la détention, et les Règles pénitentiaires européennes, que les autorités suisses affirment suivre, protègent explicitement la vie privée d'un détenu dans les installations sanitaires. Le professeur Urwyler se demande à juste titre si les conteneurs peuvent un jour constituer une solution durable pour l'emprisonnement à long terme. Peut-être que la vraie solution ne réside pas dans la construction de boîtes moins chères, mais dans l'examen de qui nous enfermons en premier lieu, comme ceux qui ont simplement omis de payer une amende.
Écrit par Martina Kirchner martina.kirchner@alpineweekly.com
Dernières nouvelles





